
Trajectoires contrariées
Les dépenses d'aujourd'hui, et le déficit budgétaire qui en résulte, sont en bonne part la conséquence de décision anciennes. Nous payons aujourd’hui les effets secondaires de mesures prises sans que ceux-ci aient été évalués préalablement.
Le cas de la santé est particulièrement intéressant. Il s'agit du premier poste de dépense publique en France, 260 milliards d'euros au budget de l'assurance maladie pour 2026. Le besoin de faire des économies porte souvent sur les prestations, ce qui est perçu comme une régression en termes de services publics. Une autre approche consiste à s’intéresser aux causes les maladies. Le cas particulier des arrêts de travail l'illustre bien cette exigence. La cause principale en est le mal-vivre au travail, et tout le monde le sait. Bien plus que la complaisance des médecins ou des abus des patients. Sans politique volontariste du gouvernement et des partenaires sociaux dans ce domaine, toute augmentation des contrôles des arrêts de travail apparaîtra comme un recul, avec à la clé en retard de prise en charge de certaines maladies, qui se traduira par des coûts supplémentaires.
De manière générale, notre santé dépend aux 3/4 de facteurs environnementaux et de notre alimentation. Tout ce qui fragilise les politiques d'amélioration de l'environnement et de l'alimentation, ou qui les retarde, entraîne des coûts qui seront payés par nos enfants. Une sorte d'anti règle d'or qui ne peut qu'alourdir la dette de la France et plomber la trajectoire vers les 3% de déficit budgétaire.
Prenons l'exemple des zones de faible émission, ZFE. Rappelons tout d'abord que la pollution atmosphérique coûtait 100 milliards d'euros chaque année selon un rapport d’une commission sénatoriale de 2015. Il n'y a pas que les voitures, mais la mobilité y tient une bonne place. La qualité de l'air s'améliore régulièrement du fait notamment de la transformation du parc automobile. Les voitures récentes sont moins polluantes que les anciennes. Mais cette évolution n'est pas garantie puisque l'année 2025 a marqué en Ile de France une légère augmentation de la concentration de dioxyde d’azote. Le sujet reste donc entier. L'argument utilisé pour la suppression des ZFE est la difficulté pour les moins fortunés à changer de véhicule. L'objectif de baisse des émissions n'est pas remis en cause, mais le moyen pour y parvenir. À la place du retrait de la mesure, une autre réponse aurait été l’accélération du renouvellement du parc automobile, en priorité dans les secteurs concernés. Plus d'argent pour aider ceux qui en ont besoin et fléchage des aides sur les automobilistes qui fréquentent ces ZFE. Plus d'argent, mais aussi plus d'économies à attendre en matière de santé publique, et une avancée vers les techniques du futur. À l'inverse, le retrait, outre le signal négatif qu'il émet, entraîne des dépenses de santé qui creuseront notre dette, et une pause dans la nécessaire électrification du parc. Quand on est au milieu du gué, il vaut mieux pousser pour aller de l’avant que de revenir en arrière, ce qui ne résout rien.
Nous pourrions aussi parler de l'alimentation, sachant que la mauvaise alimentation coute de sur 125 milliards d'euros par an aux finances publiques, selon l’Institut Montaigne. Toute mesure favorable à une amélioration se répercute directement en économie budgétaire. Bien sûr ces changements peuvent bouleverser certaines activités, il faut les accompagner pour franchir le cap, mais retarder l’échéance n’empêchera pas d’affronter la transition.
La simplification prend souvent la forme de suppression de mesures préventives. Elle consiste à abandonner des procédures préalables aux décisions et à leur mise en œuvre. Il y a bien sûr de la lourdeur dans certaines de ces procédures, parfois des doublons ou au contraire des contradictions, il y a un ménage à faire. Mais la tentation de l'abandon pur et simple de ces dispositions conduit à des dépenses nouvelles, car les réparations rendues nécessaires par de mauvaises décisions ou des décisions insuffisamment préparées coûte beaucoup plus cher qu'aurait coûté une étape préalable permettant de les éviter. La prévention coute bien moins cher que la réparation, mais elle a le défaut d’être préalable et d’apparaître comme un frein, au lieu d’une consolidation de la décision.
Plutôt que des économies immédiates sur les dépenses, mieux vaut s’attaquer aux causes de ces dépenses, pour en infléchir la trajectoire à venir. Le raisonnement à court terme ne permet guère d’explorer ce champ considérable d’économies, et conduit inexorablement à creuser les déficits, qu’ils soient financiers ou écologiques.
Édito du 29 avril 2026
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