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Artémis, déesse terrienne et lunaire

La déesse Artemis présente plusieurs visages. C’est la déesse de la nature sauvage, de la fertilité des sols et des sources de vie. Elle est aussi associée à la Lune, et c’est sans doute pour cette raison que les missions lunaires portent son nom. Artémis 2 nous a donné des images inédites de notre planète, tout en préparant une prochaine étape, celle de l’alunissage. Une mission d’exploration, mais peut-être aussi de conquête, tant le mot « conquête » est associé à l’espace. Et c’est toute l’ambigüité de cette mission.
Voir la Terre depuis la Lune, ou depuis l'espace en général, voilà une manière d'observer notre planète et d’en discerner de nombreux aspects qui nous échappent, vu de près. Un regard qui enrichit nos connaissances et nous permet de suivre l'évolution de la couverture terrestre, des glaciers, des océans et des courants marins. Un examen des matériaux présents sur notre satellite permet de mieux comprendre notre histoire, les origines et la composition de notre planète. Tout ça est bel et bon, il y a tellement d'inconnues tout près de chez nous, à la surface comme dans les abysses et les profondeurs de la Terre.

Il y a aussi un autre aspect, qui est peut-être celui qui motive les promoteurs des vocations spatiales : maîtriser un nouveau champ de bataille, l’espace. Une affaire de prestige, au départ, avec la rivalité, à l’époque, entre les Etats-Unis et l’URSS. Quel sera le premier à envoyer un homme dans l’espace, ou à planter son drapeau sur le Lune. Un concours vite transposé dans un univers militaire, capacités d’observation et d’espionnage, capacités balistiques pour l’envoi de missiles ou autres projectiles meurtriers, ou encore bouclier anti-missile. C’est la guerre des étoiles, chère à Ronald Reagan, qui a donné le ton de cette déclinaison de l’aventure spatiale, toujours d’actualité. « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » nous disait le géographe Yves Lacoste. Eh bien les satellites aussi.

Un troisième ressort des ambitions spatiales peut enfin être évoqué. La prise de conscience de la finitude du monde a été un choc que certains n'acceptent pas. La conquête de l’espace serait alors une manière de repousser les limites et de retrouver un monde infini. Les humains pourraient alors continuer comme avant, une expansion sans limites et la domination de l’univers. Une vision complétée d’une autre complémentaire, appliquée à l’espèce humaine qui aurait besoin de changer de nature pour s’engager dans les expéditions intersidérales. Voilà l’homme augmenté, voire immortel. Un nouveau Mathusalem. Ce serait une nouvelle forme de colonisation, de planètes cette fois-ci, dans l’espoir d’y trouver les ressources qui nous manqueraient, ou une planète de remplacement de la nôtre, qui serait devenue stérile et inhabitable. Une course à l’accès aux ressources, qui serait selon toute vraisemblance la source de conflits, comme ceux qui nous connaissons aujourd’hui. Tout le contraire du premier volet ci-dessus, de connaissance de la Terre pour une relation apaisée des humains et de leur planète d’origine. Remplacer le principe d’expansion, qui a animé l’humanité pendant des siècles, voire des millénaires, par le principe du meilleur usage des ressources disponibles.

Artémis serait bien triste de voir son domaine, la nature sauvage, ainsi détournée pour une aventure plutôt inspirée d’Icare, de se rapprocher du soleil au risque d’y perdre ses ailes. La recherche spatiale se révèle, pour continuer dans la culture de l’antiquité grecque, comme la meilleure ou la pire des choses, comme la langue d’Esope.
Le changement d’état d’esprit, le passage de la quête de « toujours plus », une sorte de fuite en avant, à celle du toujours mieux, du meilleur usage des ressources que nous offre la planète qui nous a vu naitre, est manifestement bien difficile. Cette bascule, d’un principe d’expansion et par suite de conquête, vers l’inscription de l’humanité dans un univers fini, d’une richesse encore mal connue mais pleine de promesses, c’est ce que nous appelons le développement durable. Pour le bonheur d’Artemis.

Edito 22 avril 2029

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