“ Le dictionnaire du développement durable pour tous. libre pensée de l’écologie, d’une écologie facile,
avec les mots de tous les jours, mis à jour chaque semaine. ”

Edito du 16 octobre 2019

Du coût perçu au coût social

dominique bidou vertiVous connaissez le célèbre adage : Privatisation des bénéfices, socialisation des coûts. Une pique qui vise le grand capital, pour être caricatural, mais qui concerne beaucoup plus de monde, et notamment des modestes citoyens qui font des dégâts dans leur vie courante. Ce que l'on appelle les "coûts externes" sont par nature socialisés, et payés par tout le monde. Et ils sont lourds, 11 milliards d'euros pour la pollution de l'air, produite en bonne partie par l'automobile au détriment des citadins, 60 pour le bruit. Ils sont élevés mais pas facturés, ils ont fait leur trou progressivement, de manière indolore. Ils ont été intégrés dans les calculs économiques des acteurs. Valeur zéro, puisque ce ne sont pas eux qui les assument. Tout retour en arrière, ou toute application simple du principe "pollueur-payeur", devient une affaire d'Etat. Qui paye, par exemple, pour les méfaits du bruit, si ce n'est, mis à part le cas des aéroports, les riverains des axes routiers et des boites de nuit, en dépréciation de leurs biens et surtout en mal-être, en coûts de sommeil et de vie sociale dégradée ? Autre exemple, ancien mais remis récemment d'actualité : les pesticides, dont une des conséquences s'appelle "marée verte", qui coute cher en matière de tourisme, aux conchylicteurs, aux collectivités locales et bien d'autres dégradations de milieu marin, sans parler de santé publique. Bénéfice pour les agriculteurs, coûts pour les autres...
Revenons à l'automobile. Son vrai coût n'est pas celui du carburant, de l'entretien et de l'assurance. Il faut y ajouter les routes, à entretenir, le prix des pollutions de l'eau et de l'air, des accidents de la route, largement pris en charge par la sécurité sociale, et par la douleur des victimes.

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mot de la semaine

Confort

confortIl s’agit ici d’en sortir. Sortir de sa zone de confort n’est pas facile, et pourtant il le faudra bien le faire collectivement si l’on veut explorer des futurs originaux, au lieu de s’accrocher à un passé dont nous savons qu’il n’est pas durable.

C’est pas mal, le confort. Un habitat agréable, mais aussi un confort de vie, un sentiment d’aise et de sécurité, source d’un bonheur simple. Mais il faut savoir en sortir. Le monde change, et l’univers qui nous connaissions bien, dans lequel nous avons des repères sûrs, ne nous offre plus de bonnes perspectives d’avenir. Les sondages l’affirment : les Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Le « progrès » n’est plus garanti comme les 30 glorieuses nous l’avaient fait espérer. De nombreux indices nous le font savoir. Il n’y avait presque plus de clochards dans les rues, on pouvait croire que la misère était vaincue, et voilà des milliers de SDF sous nos ponts ou sur les trottoirs. Le temps de travail diminuait régulièrement, et on nous annonce qu’il faut travailler plus et plus longtemps. Les services publics sont débordés ou disparaissent de larges parties du territoire, les écoles ferment dans les centres-villes et les campagnes. Et puis bien sûr les avatars qui nous tombent sur la tête, le climat, la biodiversité, les océans, les migrations humaines, la mondialisation.
Nous le savons, nous ne pouvons rester dans notre zone de confort, il va falloir changer ou accepter ce que nous craignons, de vivre moins bien qu’avant.

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Reprise

Plaisir

plaisir2

Est-ce notre culture ? Le plaisir est suspect. Les bonnes choses sont mal vues, il doit y avoir une faute quelque part. Même dans les chansons, le plaisir d’amour est source de chagrin, qui dure en plus toute la vie. Le plaisir est donc bien étranger au développement durable, lequel est souvent présenté dans une approche moralisante, qui suppose que l’on se serre la ceinture, que l’on fasse des sacrifices. C’est le prix à payer pour les excès d’hier, auxquels on a bien du mal à mettre un terme. Tel qui rit vendredi dimanche pleurera, le célèbre alexandrin de Racine dans les Plaideurs, résume bien ce sentiment que l’on ne peut avoir de bonheur sans le payer au prix fort. Le développement durable est ainsi pris en otage d’une culpabilité ambiante. Il devient une ascèse, un régime de rigueur. Oui, la rigueur, s’il s’agit d’un mode de pensée, qui s’interdit les impasses et s’efforce d’intégrer tous les acteurs et tous les paramètres. Non si la rigueur est synonyme d’austérité.
Il faut effectivement changer de modèle de développement, mais pourquoi renoncer au plaisir ? Ne peut-on pas trouver d’autres modes de vie tout aussi riches en émotions, en émerveillements, en sentiment de plénitude ?
Les plaisirs d’aujourd’hui sont souvent liés à la possession d’un bien, à la consommation directe ou indirecte d’espaces, de ressources naturelles. Plus on possède, plus on consomme de biens matériels, plus on est heureux, plus on le montre, et plus on en donne envie. Dans un monde en perpétuelle évolution comme le nôtre, ces plaisirs sont souvent éphémères et illusoires. A peine a-t-on accès à un niveau de consommation qu’il faut aller plus loin. Le voisin l’a déjà fait, la publicité et le conformisme ont ringardisé ce que je viens juste d’obtenir. Il faut vite profiter de sa fierté, et de son plaisir, ils ne résistent pas longtemps à la marche inexorable du « progrès ».

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