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Funestes a priori

Récemment, ce sont des personnes qui ont été victimes d’a priori. Tantôt c’est un arbitre somalien qui est interdit de séjour aux Etats Unis, malgré sa compétence universellement reconnue. Les Somaliens sont sans doute a priori les terroristes. Tantôt c’est un cinéaste israélien interdit de festival cinématographique au motif de sa nationalité, alors qu’il est opposant déclaré au gouvernement israélien. Deux exemples récents, hélas la partie émergée d’un iceberg trop prospère. Des a priori qui conduisent à des discriminations condamnables pour l’éthique, mais aussi couteuses pour les économies. Une étude de France Stratégie datée de 2016, évalue le manque à gagner du fait des discriminations au travail dans une fourchette de 3 à 14% du PIB, soit en valeur médiane 7% représentant 150 milliards d’euros. L’exclusion, portant sur des critères d’âge, de sexe, d’origine ou de couleur de peau, dont les premières victimes sont les femmes, affecte l’emploi qui se prive de près de 1 millions de talents. Ces chiffres ont pu changer en 10 ans, mais les ordres de grandeur sont là.

Il n’y a pas que les personnes qui soient victimes d’a priori. Les mouvements d’idées le sont aussi, ce qui est un véritable handicap pour la recherche de futurs en rupture. Des courants de pensée soit ainsi perçus au prisme des idéologies, des idées reçues ou d'a priori, liés à l'histoire - la mémoire des conflits, du colonialisme et de l'esclavage est toujours présente – ou à une conception du réalisme issue du passé. Tous ces a priori coûtent cher et empêchent d'explorer des voies originales de progrès, une démarche pourtant indispensable en ces temps de transition.

L'écologie est ainsi « assignée à résidence » et s’y complait manifestement, hélas. Assimilée au refus du progrès, ce qui lui a valu d'être qualifiée d’Amish, elle reste confinée dans une position marginale. L’importance de la cause lui permet de survivre, mais son image l'empêche de prospérer. Une image renforcée par la référence à la décroissance, mot dont la forte charge affective empêche de penser au contenu imaginé par ses créateurs. Bien sûr, l'écologie est une proposition d'avenir, d’une nouvelle étape de l’aventure humaine, nécessaire au moment où les limites planétaires sont atteintes et même dépassées pour certaines. Malheureusement, le discours et le positionnement politique ne cesse de renforcer une image de retour en arrière. Tandis que les anti-mondialisations ont su se transformer on altermondialistes, les écologistes restent hostiles à la croissance pour elle-même, au lieu de prôner une alter croissance, une croissance d'un autre type. Le sous-titre du rapport au club de Rome « Facteur 4 » donnait pourtant une piste claire : « deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources ». Une promesse, donc, d’une croissance compatible avec la finitude du monde.

Les analystes diront que l’écologie – Amish est une caricature grossière, et ils auront raison, mais les a priori sont là. L’image perçue domine la réalité. Elle est mise à profit par les ennemis de l’écologie, les conservateurs qui voudraient que rien ne change, que c’était mieux avant, et les intérêts qui ont construit leur prospérité dans le monde d’hier. L’écologie est ainsi victime d’a priori que ses représentants s’attachent à conforter, contre toute logique politique. Son côté moral, et parfois moralisateur, semble incompatible avec les objectifs de performance économique, ce qui produit les reculs observés ces dernières années, justement au motif de la performance. Nous en sommes au point que l’Europe abandonne progressivement ses ambitions écologiques, le dernier avantage comparatif dont elle disposait face à la concurrence internationale, selon le rapport Draghi, dont la compétitivité est le leitmotiv. L’a priori empêche de penser, et conduit à prendre des décisions contraires aux intérêts de ceux qui y croient.

Le développement durable est une recherche d’un monde nouveau, qui ne sera pas le simple prolongement de celui d’hier. Une recherche qui nécessite une grande ouverture d’esprit, une curiosité et le goût de l’innovation, et par conséquent l’abandon des œillères et des a priori, qui font par nature référence au passé.

Edito du 17 juin 2026

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