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Les tribulations de la valeur travail

Pauvre travail, vanté dans les discours pour sa valeur, et pressé dans les faits pour satisfaire notre modèle économique. C'est le travail qui finance la santé, les retraites, les accidents du travail et la politique familiale, soit un budget pour 2026 de près de 700 milliards d'euros, à comparer au budget de l'Etat de l'ordre de 300 milliards. Merci le travail ! Car c'est bien lui qui paye, la part dite patronale est un produite par le travail, comme la part salariale.

Cette situation est menacée. Le coupable : la démographie. La proportion d'actifs baisse régulièrement, et de plus en plus. Bientôt, le travail ne pourra plus fournir.

Deux publications récentes, l’une de l'Insee et l'autre du Conseil d'orientation des retraites (COR) nous alertent. La première apporte des chiffres, des projections, la seconde y ajoute des propositions sur les retraites. La première ne fait que confirmer une tendance déjà connue, qui ne nous surprend pas. Le vieillissement est inéluctable du fait de la stabilisation la population mondiale, que nous souhaitons dans des délais proches, ce siècle, ce qui en fait un siècle d'exception. Un siècle confronté à deux transitions jamais connues de l'humanité : l'abandon du carbone et ce fameux vieillissement.

Il y a eu d'autres transitions démographiques, qui ont donné lieu à plusieurs phases du développement numérique de l'humanité, mais la stabilisation est une nouveauté. Elle entraîne mécaniquement le vieillissement. Il faut non seulement l’accepter, mais surtout s’y adapter et faire en sorte que l'allongement de la vie reste un bonheur.
Cette adaptation concerne de nombreux domaines, comme la santé, le logement, la mobilité, et aussi la vie sociale et bien sûr les retraites. Une formule qui a eu son heure de gloire grâce à la révolution industrielle, mais qui doit être revisitée dans le nouveau contexte démographique, économique et sociétal.
Les analyses traditionnelles, celle du COR en particulier, retiennent trois paramètres structurants, l'âge de départ à la retraite, le montant des cotisations et le montant des pensions. S'y ajoute la productivité du travail comme facteur correctif. Analyse de gestionnaires qui poussent ces trois curseurs pour rechercher un équilibre de plus en plus introuvable. La solution est ailleurs, Et cet « ailleurs » manque cruellement de proposition, si bien que l'essentiel repose toujours sur l'âge. De nombreux éléments pourraient enrichir la recherche.

Parmi eux, l’éléphant dans la pièce, le travail. Le travail non rémunéré, hors marché, mais qui produit de la richesse d'une valeur comparable à celle de la création officielle de richesse, et le travail au sens habituel lui-même. Pourquoi donc y a-t-il un tel mouvement pour rejeter les propositions de recul de l'âge des départs à la retraite ? Combien de personnes considèrent la retraite comme une délivrance ? La réponse à ces questions offre une piste intéressante pour sortir le du carcan des trois paramètres. Comment faire pour que le départ à la retraite ne soit plus un objectif impératif qui ne supporte pas le moindre délai ? La réponse est dans la qualité du travail, dans toutes ses dimensions. Intérêt du travail en lui-même, et aussi conditions de travail, nature et relations humaines au travail, management. Au lieu de remanier le dispositif des retraites, revisitons le travail lui-même. La demande sociale est forte à ce sujet. Combien se plaignent de ne pas pouvoir faire un beau travail, pressé par la dictature du chiffre ? Le bel ouvrage, voire le chef d'œuvre des compagnons du devoir, voilà de quoi motiver, tout comme le sens du travail, son utilité, la fierté qu’il donne de contribuer au bien-être général. La multiplication des arrêts de travail est un indicateur de cette attente des travailleurs, et une étude récente montre l’ampleur du malaise : Un salarié sur deux est en détresse psychologique au travail, 16% sont en détresse psychologique élevée (contre 14% en 2025). Une petite moitié craignent ne pas parvenir à l’âge du départ à la retraite en bonne santé. Comment voulez-vous, dans ces conditions, promouvoir le recul de l’âge du départ à la retraite ?

Pour trouver une solution à la question de la retraite, commençons donc par travailler sur le travail ! Il y a urgence. Redonnons du sens à la « valeur travail ».

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