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Creuser le déficit pour en sortir

Selon le gouvernement, nous serions trop pauvres pour entreprendre une politique qui nous permettrait de faire des économies budgétaires. Voilà une illustration intéressante le dicton populaire « Ça coute cher d’être pauvre ». Un dicton qui s’applique donc aussi aux Etats. La pauvreté serait un frein à la recherche des solutions les plus économiques, ce qui produit un effet cumulatif : plus on est pauvre, plus on s’enfonce dans la pauvreté. Le déclin assuré. C’est une mauvaise spirale dont nous ne pouvons sortir, paradoxalement, qu’en se comportant comme un riche, en dépensant de l’argent.

Le budget public le plus lourd, mis à part les retraites, est celui de la santé. 260 milliards d’euros pour l’assurance maladie votés pour 2026. La tendance est à le réduire en aval, en réduisant des remboursements ou des droits, ce qui ne faire que reporter la charge sur les particuliers sans s’attaquer aux besoins de soins. Une autre voie serait d’intervenir en amont. Seon l’Institut Montaigne, l’alimentation pèse lourd dans la facture santé : 125 milliards. N’y a-t-il pas là une source d’économies à exploiter ? Mauvaise qualité, régimes déséquilibrés, ultra-transformation des produits, additifs, pollution des aires de captage d’eau potable, nous connaissons les origines de la « mal bouffe », et maintenant de son prix pour les finances publiques. Dépensons de l’argent pour une alimentation saine, de la production des aliments jusqu’à l’assiette, de la fourche à la fourchette comme on le disait à Bruxelles, et nous ferons des économies. Et il n’y a pas que l’alimentation, il y a notamment la pollution. Cent milliards et plus pour celle de l’air et pour le bruit, dont une bonne part au titre de la santé. Selon l’Institut Pasteur, chaque kilomètre parcouru à vélo, c’est un euro d’économisé en dépenses de santé.

Cette politique a un coût. Il faut accompagner les entreprises concernées dans leur mutation, il faut des campagnes de sensibilisation et d’information, de la formation, des contrôles, de la recherche, etc. Où trouver cet argent ? Comme il s’agit d’un investissement rentable, l’emprunt est justifié. Il est aussi possible d’orienter les mouvements d’argent existants. La Banque Mondiale recommande, par exemple, de flécher les aides de la PAC vers la transformation du modèle agricole. L’Etat peut bonifier certains emprunts des entreprises pour les investissements nécessaires, lesquels se substitueront alors à ceux qui auraient été faits sans changement de cap. La recherche scientifique peut aussi être mobilisée pour apporter de nouvelles solutions.

L’expérience montre que l’argent investi dans des actions de lutte contre le tabac, ou l’alcool, permet d’économiser cinq fois sa valeur, en moyenne en France. La vaccination, qui coute de l’argent, permet d’économiser jusqu’à 30 fois son prix. Réduire le besoin de soins, et par suite économiser sur les budgets de santé, public et privés, en engageant des politiques volontaristes de prévention, se révèle ainsi une piste prometteuse. Le facteur limitant n’est pas l’argent, bien au contraire, c’est la capacité à transformer en quelques années un système de production et de distribution, sans changement de cap. Nous sommes en plein dans le champ politique, et l’obstacle est sans doute la crainte des dirigeants de ne pas gérer les résistances au changement qui ne manqueront pas de se manifester. Une crainte qui creuse le déficit budgétaire année après année depuis plus de 50 ans.

D’une manière générale, s’attaquer à la cause des dépenses s’avère une meilleure manière de faire des économies que se polariser sur les effets. Polluer coute beaucoup moins cher que dépolluer, et certains travaux permettent des économies bien supérieures à leur coût. Une étude anglaise a montré que le coût de la précarité énergétique était supérieur à celui de la rénovation thermique. Il est permis de croire que l’adaptation aux canicules sera également un bon placement.

Dépenser de l’argent pour aller vers le futur et réduite des couts, voilà une manière de lutter contre les déficits budgétaires. Une politique de moyen terme, car les économies sont souvent étalées dans le temps, mais ce décalage ne doit pas empêcher l’investissement, si l’on veut sortir du déficit. L’important est de maintenir le cap le temps nécessaire, et surtout de ne pas se tromper de futur, un futur qui ne sera pas le simple prolongement du passé.

Edito du 8 juillet 2026

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