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Au-delà de la technique, le facteur humain

L’affaire de la climatisation a fait revenir à la surface le débat sur le technosolutionnisme. Un débat toujours abusivement simplifié. Il n'y a bien sûr aucune solution uniquement technique, mais la technique peut contribuer aux solutions. De même l'action sur le comportement et les modes de vie ne nous permet pas d'effectuer la transition sans recours à des techniques innovantes ou le développement des techniques anciennes adaptées à un nouveau contexte.

Partons de la ligne de conduite édictée dans le sous-titre du rapport au club de Rome Facteur 4, « deux fois plus de bien-être, en consommant deux fois moins de ressources ». C’est l’esprit de la transition, qui propose à la fois une forme de croissance, celle du bien-être des êtres humains, qui comporte une part importante de mode de vie, et une décroissance des prélèvements de ressources naturelles, fossiles ou renouvelables, pour s'inscrire dans les 9 limites planétaires (1) dont 7 sont aujourd'hui dépassées. La croissance de demain sera fondée sur une exploitation plus intensive des ressources d'ores et déjà disponibles, pour un meilleur service rendu. Elle se substitue à celle d’aujourd’hui, fondée sur la recherche continue de nouveaux gisements de ressources, au détriment de leur valorisation. Il s'agit donc, n'en doutons pas, d'une performance technologique. Faire mieux (pas forcément plus) avec moins, ça ne s'improvise pas. Les progrès que nous observons dans le photovoltaïque illustre bien cette ligne de conduite. Une fabrication plus économe en ressources pour des cellules dont le rendement ne cesse de s’améliorer. Côté services rendus, l’exemple des ampoules LED est parlant. Elles offrent le même service que les ampoules à filament en consommant 10 fois moins d'énergie. La technologie est au service de la transition, nous l'observons chaque jour.

Le risque est de croire que la technique résoudra tout. Ne changeons rien à nos modes de vie, non négociable comme l'American way of Life. Le technosolutionnisme exclusif se manifeste notamment combiné à la géo-ingénierie (2). La terre se réchauffe ? Eh bien projetons des particules dans la haute atmosphère pour réduire la puissance du rayonnement solaire sur la planète, ou bien ensemençons les océans pour renforcer leur capacité d'absorption du CO2, etc. Ne changeons rien et le miracle de la technologie résoudra tout.

Et pourquoi lutter contre le réchauffement ? Une politique d'adaptation nous permettra de vivre dans une planète à +4°, les activités économiques se transformeront en conséquence, et le PIB s'en portera bien.

Cette confiance dans la technique seule serait bien dangereuse. C'est un pari sur des solutions qui n'existent pas aujourd'hui, et qui exigent les prélèvements toujours plus importants de ressources que les prophètes du technosolutionnisme proposent d'aller chercher sur la Lune ou sur la planète Mars. Quant à l’adaptation, c’est gérer l’effet sans s’attaquer à la cause. Un tonneau des danaïdes puisque l’adaptation sera toujours en retard sur les évènements, lesquels pourraient d’accélérer dangereusement.

Les techniques ne vivent pas toutes à l’heure du climat. Elles mènent leur propre vie, avec leurs effets sur le climat et la biodiversité, comme sur notre santé et nos modes de vie. La mobilité est très affectée, comme notre alimentation, nos loisirs, notre habitat, etc. Hier, la voiture et la télévision, aujourd’hui l’intelligence artificielle et les modes de communication, pour ne prendre que des exemples frappants. Les techniques ont toutes des effets sur l’environnement, du fait des ressources dont elles ont besoin pour leur création et leur exploitation, comme des changements de comportement qu’elles suscitent chez nous. Les débats sur la 5G et l’intelligence artificielle montrent que les techniques ne sont pas neutres, et qu’elles comportent des aspects positifs et négatifs. Comment faire le tri, comment orienter l’usage de ces techniques pour éliminer le négatif au profit du positif ? C’est dans le mode d’emploi de ces techniques qu’il faut chercher les réponses, dans la manière dont nous nous en emparons. Le « soft » est la clé du bon usage du « hard ». Au-delà de la technique, c’est le facteur humain qui est déterminant. Un facteur souvent négligé dans les travaux sur le climat et l’environnement en général. Un facteur à mobiliser, ce qui ne s’improvise pas et demande un réel savoir-faire. Le Groupe international pour l’étude des comportements, GIECo, s’est constitué pour développer ce savoir-faire, et sa première livraison (3) est déjà plein d’enseignements. Incontournable !

1 - Climat, biodiversité, engrais (azote et phosphore), usage des sols (déforestation), eau douce, rejets de substances dans la nature, acidification des océans.
2 - On pourra se reporter sur ce point à l’ouvrage de Marine De Guglielmo Weber & Rémi Goyon « Le grand retournement » Aux Editions Les liens qui libèrent, 2024
3 - Le facteur humain dans la transition : émotions, normes et représentations, 

Edito du 15 juillet 2026

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