
Au travail sur le travail !
En ces temps préélectoraux, puisque l'on dit que l'élection présidentielle est un moment stratégique pour fixer les grandes orientations, voici un sujet qui devrait s'imposer : le travail.
Beaucoup d'aspects, le niveau du chômage, les points particuliers des jeunes et l'entrée dans la vie active, et celui des vieux et de la fin de la vie active, et au milieu et par-dessus tout, le travail lui-même, souvent encensé au nom de la valeur travail, sans que la nature de cette valeur soit précisée. L’insertion des jeunes dans la vie active offre une bonne illustration du malentendu qui en résulte. Ils ne sont pas, comme il est souvent dit, réfractaires au travail, mais ils n'y trouvent pas l'épanouissement auquel ils aspirent. Et c’est de cette ambiguïté qu’il faut s’extraire, pour choisir notre futur.
L’accent est mis sur la quantité de travail disponible. Le nombre d’heures, de jours, d’années de travail. Comme si le paramètre quantitatif était le principal. Il en est bien d’autres, pour assurer la production de ce dont nous avons besoin à un prix compétitif. Nous travaillons bien moins que nos grands-parents, mais nous produisons bien plus qu’eux. D’une manière générale, il y a la répartition de l’emploi entre les différents secteurs d’activité, l’état des techniques et le fruit des recherches, le niveau de formation et son adéquation à la demande, l’anticipation sur la nature de la demande, en perpétuelle évolution. Et dans les entreprises, la qualité de vie au travail, la motivation des personnels, le type de management, la capacité de la direction à intégrer les nouvelles exigences, internes ou externes. Rappelons-le, rien que les conditions matérielles de travail, des locaux en particulier, sont un facteur important de productivité, avec des écarts de 15% selon leur qualité. Et avec les canicules, ce paramètre devrait prendre encore plus d’importance.
Ce ne sont pas ces questions qui semblent faire l’actualité, hors canicules. Ce sont les arrêts de travail, de plus en plus nombreux, et la « souffrance psychique au travail », objet d’un rapport sénatorial que le Sénat n’a pas voulu endosser, manifestation du caractère politique du sujet. Les arrêts de travail ne sont pas, dans leur grande majorité, la marque d’un laxisme côté médecins et d’une négligence côté salariés. Ils sont la traduction dans les faits d’un malaise, et de conditions de travail ressenties comme dégradées. Intensification des tâches, changements organisationnels permanents, pratiques managériales verticales et hiérarchiques, perte de sens, telles sont les expressions relevées par le journal Le Monde (1) au sujet du rapport sénatorial « enterré ». D’autres études traitent du stress du lundi matin. Un phénomène psychique qui se mesure en termes biologiques par une hausse du taux de cortisol dès le réveil, perturbant le corps et l'esprit au lendemain du repos du week-end. Il y a bien un malaise, alors que, à l’inverse, la qualité de vie au travail s’avère être un facteur positif de productivité. L’observatoire de l’immatériel décrit l’ensemble des facteurs qui n’apparaissent pas au bilan des entreprises mais qui sont déterminants pour sa bonne santé.
Le sujet de la santé mentale a émergé récemment en France. Il s’impose dès l’enfance, à l’école, et se poursuit tout au long de la vie, notamment au travail. Ce dernier occupe une place importante dans nos vies, il y apporte beaucoup, bien plus que la rémunération, notamment en termes de vie sociale et de confiance en soi. Il a évidemment une forte « valeur », qui se ressent tout particulièrement en situation de non-travail, le chômage. Cette valeur ne doit pas être altérée par des conditions de travail dégradées, ou un management toxique, ou encore le sentiment de n’être qu’un pion interchangeable dans une organisation dont le sens vous échappe.
Quelle place, donc, doit occuper le travail dans nos vies ? La question touche aussi la retraite, objet de bien des conflits. Pourquoi donc est-il insupportable de travailler plus longtemps, pourquoi le départ à la retraite est-il vécu comme une délivrance ? C’est d’ailleurs lors des débats sur l’âge de départ que celui sur la pénibilité est repris, concrétisant ainsi le lien entre deux sujets. Si le travail était un moment d’épanouissement personnel, s’il ne produisait pas un « épuisement professionnel », s’il avait du sens à titre personnel ou collectif, il est permis de penser que le départ à la retraite ne serait pas attendu avec tant d’impatience.
La qualité de vie au travail représente une bonne part de notre qualité de vie tout court, comme notre santé et nos relations sociales. Coup de chance, elle est aussi un facteur significatif de productivité. Pourquoi ne pas profiter de cette convergence ? Un double dividende, comme on les aime au pays du développement durable.
1 - Daté du 21 juillet 2026
Edito du 5 août 2026
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