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Les hasards du scrutin majoritaire

A l’approche de l’élection présidentielle, l’observation des évènements de Colombie est instructive. Un poil d’écart, et c’est un changement à 180° de politique. A quoi tiennent les choses ! L’avenir d’un pays, et parfois de l’humanité si le pays joue un rôle déterminant, lié à un léger mouvement d’opinion, largement aléatoire. Un évènement fortuit de dernière minute, une mauvaise campagne électorale, un point secondaire habilement mis en avant par un candidat, ou même une fake news, et la majorité bascule, et par suite notre avenir. Peut-on accepter que notre sort soit aussi fragile, que le hasard et des manœuvres frauduleuses tiennent une si grande place ?

Dans ce cadre institutionnel, l’important pour les candidats est la conquête du pouvoir, puisque celui-ci n’est pas partagé. Il est acquis dans les esprits que 50,01% de la population impose ses vues aux 49,99% autres. Au risque, bien sûr, de changer d’orientation à chaque élection, compromettant toute politique au long cours, pourtant si nécessaire pour assurer des transitions comme celles que nous devons entreprendre.
Il y a des situations où il faut trancher, et trancher vite. Des processus de décision rapide doivent exister, mais faut-il que le long terme soit soumis au même régime ?

La transformation de l’élection présidentielle en lutte pour l’accès au pouvoir, un pouvoir très étendu en direct et souvent de forte influence sur ce qui ne procède pas institutionnellement de son autorité, donne une prime aux bons vendeurs, ceux qui savent le mieux susciter les émotions qui leur sont favorables. Une prime à la satisfaction immédiate de revendications ou de besoins ressentis comme prioritaires, au détriment d’une vision à long terme qui propose un chemin à suivre dans la durée.

Ajoutons que la tendance de certains, en France et dans bien d’autres pays tentés par une forme d’autoritarisme, est d’alléger les lois fondamentales, les constitutions, pour transférer leurs prérogatives au exécutifs issus de ces processus fluctuants et aléatoires. La tendance, aussi, au titre de la performance, à réduire les processus de contrôle et de concertation pour accélérer la réalisation de projets dont les effets se feront sentir pendant de longues années. Simplification et clarification, oui, mais pas au prix d’une vulnérabilité accrue, et de la fusion dans les faits des organismes de contrôle et de décision.

La démocratie est une chose délicate, où les émotions et le ressenti jouent un rôle déterminant, où les échéances se succèdent à un rythme qui déqualifie le long terme. En ces temps où tout le monde veut marquer son passage au pouvoir, le chantier des institutions, pourtant peu populaire, est à engager sans modération.

Edito du 12 aout 2026

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