
Pour une écologie offensive
Pour beaucoup l'environnement est perçu comme une contrainte, une obligation formelle, toujours excessive par nature. D'autres au contraire le voient comme un atout, une valeur productive, un moteur de progrès. Ils ont malgré tout bien des problèmes à faire valoir leurs positions, notamment depuis le backlash écologique, d'ailleurs bien exagéré par ses promoteurs.
Ça ne date pas d'hier. Dès la promulgation de la loi sur la protection de la nature de 1976, qui crée notamment le principe d'étude d'impact sur l'environnement, le malentendu s'est installé, un malentendu bien fâcheux, et il dure encore !
Voici une mesure destinée à améliorer les projets d'infrastructure ou d’aménagement en enrichissant la phase préparatoire. Il s'agit, avant toute décision définitive, de voir où l'on met les pieds, de repérer les écueils éventuels et de s'organiser pour les éviter. Une phase à mettre à profit pour améliorer un projet dans sa relation avec le milieu environnant, intégrer à la fois les contraintes et les opportunités que le contexte géographique, humain, culturel, urbanistique, peut présenter. Le législateur a voulu que ce soit le responsable de l'opération, le maître d'ouvrage, qui ait la charge de cette étude, de manière qu'elle participe naturellement aux travaux préparatoires. L'étude d'impact n’est pas un jugement sur les projets, il en est une partie intégrante.
La pratique n'a pas suivi cette orientation. L'étude d'impact a été ressentie comme une contrainte, une obligation administrative à laquelle il faut bien se soumettre, mais à minima. Encore pire, elle a souvent été réalisée après les autres études, sans aucune intégration au projet auquel elle se rajoute, paradoxalement sans aucune valeur ajoutée pour la conception et la réalisation de l'opération. Un vrai gâchis. Pourquoi ?
Il y a, en un fond de décor, une méfiance vis-à-vis de l'environnement, perçu essentiellement comme une contrainte. Il est vrai que les premières manifestations pour l'environnement étaient motivées par le besoin d'en arrêter les dégradations. Rappelez-vous l’émission de télévision « La France défigurée » dans les années 1970. Une approche défensive pour protéger, voilà l'image dominante qui en est résulté, occultant tout le bénéfice qu'il y a à maintenir un environnement en bon état, pour la santé humaine – la santé coute cher aux finances publiques : budget de l’assurance maladie 260 milliards pour 2026 - la production agricole, le régime des eaux, la biodiversité et le vivant sous toutes ses formes. La défense peut aussi être porteuse de bénéfices, mais il a fallu du temps pour que la prise de conscience se fasse, et elle n’est pas encore partagée de tous, il s’en faut.
A la défense, il faut ajouter une attaque. Tous les amateurs de football vous le diront. A l’écologie défensive, vite caricaturée en écologie punitive, ajoutons l’écologie offensive, celle que nous entreprenons pour le bénéfice qu’elle nous apporte. Au lieu de jouer sur la peur, donnons envie. En plus d’éviter des impacts négatifs, recherchons des impacts positifs. L’environnement n’est plus une contrainte, mais une source de valeur, au cœur même de tout projet. Dans de nombreux domaines, l’expérience montre que cet objectif est à portée de main, à condition de le vouloir. Une des difficultés est de changer d’état d’esprit. Au lieu de faire comme avant, en ajoutant une touche d’environnement, souvent artificielle et toujours couteuse par elle-même, c’est la conception même d’une opération, son management, son organisation, la manière de travailler, les relations avec les « parties prenantes », qui doivent s’enrichir et trouver un nouvel équilibre. Son bilan intègre la durée et les effets externes, de manière à prendre en compte tous les apports et toutes les charges. C’est là, dans cette transformation des pratiques et des modes d’évaluation que se joue le succès de la transition, aussi bien pour les collectivités publiques que pour les entreprises.
Malgré la difficulté, cette nouvelle approche de l’écologie se fait une place. Le vent s’est levé, pour reprendre le titre d’un de mes livres (1). Le bénéfice qu’il y a à intégrer l’environnement aux projets dès leur naissance est reconnu par différentes instances professionnelles ou associatives, de nombreux chefs d’entreprise et des institutions financières. Le chemin est encore semé d’embûches, des résistances demeurent ici et là, mais la voie est tracée. L’écologie trouve une nouvelle force en se faisant offensive.
1 - Le vent s’est levé, préface de Frédéric Mazella, aux Editions PC, 2020.
Edito du 11 mars 2026
- Vues : 62


Ajouter un Commentaire