
Entreprise et nature, un mariage inattendu
Février 2026 : Un nouveau-né à la bourse de Paris, l’indicateur NAT 40, concocté par le WWF, pour classer les entreprises du CAC 40 sur une échelle originale : la prise en compte de la nature. Et il y a des progrès à faire, une seule des 40 firmes obtenant la moyenne, de 52 sur 100. La moyenne générale s’établit à 32/100, ce n’est pas fameux. Point d’inquiétude particulière : « Un groupe de queue particulièrement préoccupant, composé de neuf entreprises de secteurs hétérogènes mais avec une forte concentration d’acteurs bancaires, dont les scores varient de 26 à 18/100. Ce groupe est marqué par une compréhension très insuffisante de leurs enjeux à l’égard de la nature ».
Et pourtant, le lien entreprises-nature est fort, et dans les deux sens : impact des activités sur la nature, et réciproquement, effets de la nature, des ressources et des services qu’elle procure, sur les entreprises. C’est la conclusion de l’ensemble des pays membres de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) réunis en congrès le 8 février 2026, à partir d’une première évaluation mondiale des liens entre entreprises et biodiversité. Face à cette conclusion, le constat est du même ordre que celui du WWF. Moins de 1 % des entreprises évalueraient aujourd’hui leurs dépendances à la nature, tandis que chaque année, ce sont 7 300 milliards de dollars qui continuent de soutenir des activités néfastes pour la biodiversité. Parmi les recommandations, citons « Intégrer pleinement la nature dans la stratégie d’entreprise (risques, innovation, gouvernance) ; réorienter les investissements et les innovations vers des activités « nature positive » ; faire de la biodiversité une alliée de la décarbonation ».
Nous savions depuis longtemps que la prise en compte de la biodiversité est une bonne affaire, globalement parlant. « Chaque euro investi dans la restauration se traduit par 8 euros de gains, liés aux avantages d'un écosystème sain », affirmait Virginijus Sinkevicius, commissaire européen chargé de l'Environnement, des Océans et de la Pêche lors des débats sur la directive européenne sur la restauration de la nature. C’est sans doute aussi une bonne affaire pour les entreprises, car le projet de directive était soutenu par un groupe de 67 entreprises, parmi lesquelles figurent Nestlé, Coca-Cola, Accor, Unilever, Ikéa, Danone, et bien d’autres encore, qui ne sont pas des institutions philanthropiques. Elles déclaraient que la dégradation de la nature met en danger « les fondations de nos activités économiques ». Un discours pas très différent des propos de la présidente du WWF dans sa présentation du NAT 40, Alexandra Palt, sur « la nécessité de passer d’une logique de conformité et de communication à des plans de transition « nature » robustes, fondés sur la science, intégrés aux décisions d’investissement et assortis de mécanismes de suivi crédibles ».
Entreprises pour l’Environnement, EpE, avait pressenti cette évolution dans une publication de novembre 2025, « Piloter l’innovation pour accélérer la transition écologique ». Sa présidente, Estelle Brachlianoff, par ailleurs Directrice générale de Veolia établissait un lien fort entre innovation et écologie : « La question n’est donc plus de savoir si nous devons innover, mais comment réorienter radicalement l’innovation pour qu’elle serve la trans formation écologique. » Elle ajoutait « Cette transformation est une opportunité de bâtir une prospérité partagée, plus résiliente, plus sobre, plus autonome ». L’écologie comme opportunité !
Voilà encore un double dividende qui s’annonce, largement à l’opposé des idées reçues, selon lesquelles l’écologie serait une charge insupportable pour les entreprises. C’est au contraire un atout à intégrer dans les modèles d’affaires. Après les plans énergie-climat, voici qu’émergent les plans transition Nature, pour identifier et analyser les liens entre l’activité d’une entreprise et la nature, et planifier les actions à entreprendre pour que ces liens soient fructueux des deux côtés. Une occasion aussi d’améliorer leur note sur l’indice NAT40 !
Edito du 4 mars 2026
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