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Heureusement la science est là

Les apparences sont parfois trompeuses. Même le bon sens, tant vanté, peut nous égarer. Plusieurs études récentes nous illustrent le besoin de ne pas se contenter d'une analyse superficielle, et nous alertent sur le danger de fonder une politique sur une première impression ou des a priori.

Nous savons déjà que tuer les renards pour endiguer l'avancée de la rage a été contre-productif. Leur élimination dans les zones d'expansion du fléau ne faisait qu'accentuer sa pénétration dans cette zone par des renards contaminés. Au lieu de les éliminer, le choix a été fait de les protéger, plus précisément de les vacciner, de sorte que ces renards autrefois pourchassés sont devenus le rempart contre la progression de la maladie. Et depuis la rage a battu en retraite.

Le renard conserve cependant une mauvaise presse. Il figure sur une liste de nuisibles qu’il est autorisé de chasser en toute période, au titre des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD). Il se trouve en compagnie de la fouine, de la martre, du putois, de la belette, de la corneille noire, du corbeau, de la pie bavarde, du geai des chênes et de l'étourneau sansonnet. Autant d'animaux désignés pour une destruction massive, 1,7 million de victimes chaque année en France, pour tenter de réduire les dommages qu'ils sont accusés de produire. Une politique traditionnelle, fondée sur le bon sens, mais jamais évaluée, jusqu’à une étude récente à la demande du ministère en charge de la nature. Aucune corrélation n’a été observée entre la lutte contre les « nuisibles », et les dégâts observés. Autrement dit, cet abatage massif ne sert à rien. Mais il coute en matière de biodiversité, et d’argent bien au-delà du coût des dégradations. Heureusement la science est là pour remettre les choses au point. La politique suivra-t-elle ? Car le ressenti des acteurs de terrain n’est pas forcément en ligne avec les observations scientifiques, et les ministères sont par nature sensibles aux retours du terrain, parmi lesquels se trouvent les chasseurs de « nuisibles ». La résistance vient aussi de et tous ceux qui s’arrêtent à un raisonnement linéaire, action-réaction, au lieu de chercher à comprendre le fonctionnement de systèmes complexes, avec de nombreuses interactions. Affaire à suivre.

D’une manière générale, le sauvage ne plait pas. Prenez les surfaces autour des zones cultivées, en bordure de champs. La tendance naturelle serait d’y épandre des pesticides, comme dans le champ, pour éviter que s’y développe des plantes adventices qui essaimeraient dans le champ alors que l’exploitant souhaite s’en débarrasser. Eh bien c’est le contraire qui se passe : « L’exposition indirecte des bordures aux pratiques de la parcelle en matière d’herbicides et de fertilisants favorise l’installation d’adventices tolérantes aux herbicides et profitant des apports en nutriments. Ces plantes sont plus compétitives et représentent plus de risque pour l’agriculture ». Le non-traitement des bords des champs présente même des avantages, comme l’apport de nourriture aux insectes pollinisateurs, du fait de la diversité des espèces de végétaux et notamment des plantes à fleurs, et la lutte contre l’érosion des sols. Le champ est un système complexe, et le bilan est lui-même le résultat d’équilibres qui peuvent surprendre. Au-delà du bon sens paysan !

L’observation des phénomènes vient souvent casser les a priori que nous en avons. C’est le cas pour les phénomènes naturels, c’est aussi le cas dans bien d’autres domaines, y compris dans nos comportements. Un exemple fameux concerne l’attitude des personnels d’une entreprise pour la consommation de fournitures. Deux cas de figure, schématiquement. L’un administré, où chaque demande est contrôlée par un agent dédié, parfois à des horaires précis, et l’autre où l’accès aux réserves est libre. Le bon sens laisserait penser que le premier est plus rigoureux, et permet d’économiser les fournitures. Dans la pratique, c’est l’inverse qui est constaté. La raison en est que les contraintes pour l’accès aux fournitures conduit les intéressés à faire des réserves pour être sûr de ne pas manquer, et finalement à surconsommer, alors que l’accès direct les conduits à ne prendre que le strict nécessaire. Il y a peut-être des garde-fous à instaurer, mais après observation des pratiques, et pas un contrôle a priori.

La science pour les affaires complexes, ou l’observation des faits pour les plus simples, sans a priori, permet de choisir les bonnes solutions. Les décisions prises sur des présupposés ou le « on a toujours fait comme ça » peuvent à l’inverse déboucher sur des mesures contre-productives, prises avec la certitude de bien faire. Les fausses évidences nous guettent pour nous entrainer dans des impasses. Heureusement, la science est là !

Édito du 18 mars 2026

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