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Au-delà du backlash écologique, une convergence qui a de l’avenir

Les meilleures intentions peuvent se retourner contre leurs causes. Prenez l'environnement. Pour beaucoup il s'agit de maintenir la planète en bon état pour nos descendants. Une approche altruiste qui apparaît vite comme un sacrifice que nous faisons pour nos enfants, ne pas leur laisser de dette écologique trop lourde. Sacrifice, qui par définition est douloureux, qui prélève sur notre bonheur et qui ne nous sera récompensé que dans un autre monde. C'est une pression morale qui ne peut être associée à un quelconque profit, lequel polluerait le côté sacrificiel.

Résultat : l'environnement est perçu comme anti économique, contraire aux intérêts des entreprises. On ne se met pas en règle avec sa conscience en faisant de bonnes affaires. Point de vue variable selon les religions de référence, avec en fond de décor, pour les chrétiens, une parole d'évangile : « il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu’à un riche d'entrer dans le royaume des cieux ». (Mathieu 19, 16-26). Une parole d'interprétation variable selon les églises qui s'en inspirent, mais qui donne le ton. Faire du bien en gagnant de l'argent est suspect. En l'occurrence, gagner de l'argent et protéger l'environnement ne vont pas ensemble. Plus le discours écologique insiste sur le côté moral de la chose, par exemple avec Greta Thunberg, plus se renforce une conviction que l'environnement est un poids pour l'économie.
Un sentiment qui s’appuie sur plusieurs phénomènes. Le plus souvent, l’environnement est à la Une des journaux quand ça va mal, et qu’il faut réparer. Et pendant des années, l’absence de considération pour l’environnement a engendré des coûts réels mais non comptabilisés, externalisés comme disent les économistes, et le jour où il a fallu les « internaliser », en vertu du principe « pollueur-payeur », l’environnement est devenu une charge. La dépollution coûte cher, et quand il a fallu réglementer pour l’éviter, la contrainte est devenue un coût. Il était tellement plus simple de rejeter ses effluents dans la rivière sans traitement ! Changer de pratique a effectivement un coût, mais bien moins élevé que celui de la dégradation de l’environnement.

C’est le non-environnement qui coute cher. Nous savons que la mauvaise santé de l'environnement perturbe de nombreuses activités, qu'elle se répercute sur la santé humaine, et que tout ça coûte beaucoup d’argent, en plus. Les dons de la nature constituent la matière première de nos économies, et les services gratuits qu’elle nous procure représentent au moins l'équivalent du PIB mondial. De nombreuses études ont montré qu'investir sur le climat, pour maîtriser son dérèglement, permet de faire les affaires pour les entreprises comme pour les collectivités (1). Même la biodiversité et un facteur favorable, elle qui semble si loin de la production industrielle et même agricole (2). Ecologie et économie marchent ensemble en macroéconomie, et elles peuvent aussi le faire en microéconomie, à l’échelle de chaque producteur et de chaque consommateur.

Deux conditions toutefois, concernant les institutions et le discours écologiste.

Les institutions qui organisent notre vie sont nées dans le monde d’hier, elles ont intégré les modes de penser d’une époque où nous croyions que la planète n’avait pas de limites. Elles résistent, et offrent un cadre parfois incompatible avec la finitude du monde. L’adaptation des institutions, politiques et économiques notamment, est nécessaire pour faire apparaître la convergence écologie-économie, que les anciennes références, comme le PIB ou les raisons sociales des entreprises, occultaient. La loi PACT, notamment, a contribué à cette adaptation, loin d’être achevée.

Le discours écologiste doit abandonner son aspect moraliste. Tant mieux si l’écologie et la morale font bon ménage, mais en cette période de mutation, la démonstration de l’efficacité est incontournable. Le monde nouveau auquel l’écologie nous conduit doit porter la promesse d’une meilleure qualité de vie pour tous. Le sort des humains et celui de la planète sont liés, le bonheur des premiers ne peut s’imaginer sans la prospérité de la seconde. Et réciproquement.

1 - Voir l’édito du 11 février 2026
2 - Voir l’édito du 4 mars 2026

 

Édito le 1er avril 202

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