
L’environnement moteur de croissance
L'environnement est un moteur de croissance. Une vision paradoxale si l'on écoute les conservateurs qui sont par nature hostiles à la prise en compte de nouvelles préoccupations, qu’ils considèrent comme des contraintes. Nous le savons bien, sans pression, il n'y a pas de croissance. Entendons-nous bien sur le sens de ce mot. Il ne s'agit pas ici d'une croissance de la production, au sens du PIB, mais de la croissance du bien-être, de la qualité des services dont nous, les humains, bénéficions. Trop souvent, l'amalgame est fait entre l'augmentation de la production et l'augmentation du bonheur, mais ce n'est pas parce que le PIB par personne double que nous sommes 2 fois plus heureux. Une croissance du bien-être à obtenir à l'économie, en consommant le moins possible de ressources, pour que nos enfants en disposent de la même manière que nous-mêmes. L’environnement donc, comme moteur de croissance du bien-être.
Les entreprises qui ont intégré la question de l'environnement dans leur modèle d'affaires s’en portent bien. Nous l'avons vu dans l'édito du 28 janvier à l'aide de travaux du Boston Consulting Group En Europe et en Amérique du Nord. De 4 à 6% d’excédent brut d’exploitation en plus. La prise en charge de nouvelles dimensions dans les activités oblige à repenser les modes de fonctionnement. À défaut ce serait une contrainte supplémentaire qui pèserait sur les performances. C'est ce qui arrive quand l'environnement est plaqué sur des pratiques anciennes. L'intégration est au contraire un stimulant dont toute l'activité bénéficie. La prise en compte de l'environnement dans les constructions par exemple, demande une attention à de multiples facteurs (air, eau, biodiversité, bruit, énergie, ressources minérales, paysage, accès à la lumière du jour, etc.) qui peuvent se contrarier s'ils sont pris séparément. C'est dans le management des projets que se trouve la solution, dès leur genèse. La démarche HQE comprend notamment une dimension managériale forte, qui commence par l'analyse des besoins, le pourquoi de la construction envisagée, de la manière dont elle va fonctionner. Une étape qui a souvent permis de mieux concevoir et dimensionner les projets, source à la fois d'efficacité et d'économies.
Si l'environnement est apparu comme un frein ou un obstacle à la croissance, c’est sans doute parce qu'il était considéré comme un supplément, un plus, apporté à une opération traditionnelle. Un devoir moral, souvent, voire un luxe ou un objet de prestige, de différenciation. Il y a bien sûr une dimension morale à préserver le patrimoine de nos descendants, et nous ne pouvons nous plaindre du fait que l'environnement soit une manière de se démarquer de ses concurrents. Mais cette approche a permis de penser qu'il s'agissait d'un coût, d'une charge, qui grève lait le budgets. L'intégration de l'environnement au cœur des projets, l'environnement élément constitutif d'une opération, approche bien différente de l'approche « supplément », est porteuse en outre de bien d’avantages.
Ce changement de regard sur l'environnement et le développement durable en général est perceptible dans l'évolution de la responsabilité sociétale des entreprises, RSE. Ce sont les attaques dont il est l'objet, comme de nombreuses dispositions environnementales, qui ont révélé l'intérêt de l'environnement pour les entreprises. De nombreuses études (1) mettent en évidence les effets de la RSE au sein de l'entreprise : attractivité et fidélisation des collaborateurs, renouveau des relations avec les parties prenantes, notamment les fournisseurs, les clients et les partenaires, transformation du management et des organisations des entreprises, avec notamment une vision à long terme, qui donne du sens à leur activité. Nous retrouvons-là les valeurs mentionnées par l’Observatoire de l’immatériel, et qui constituent un capital humain mobilisable pour l’entreprise. Nous ne sommes plus dans une approche d'ordre moral, mais dans la recherche de la place de l'entreprise dans la société, facteur sa robustesse et de satisfaction partagée de tous les acteurs concernés par la vie de l'entreprise. La RSE mise en cause dans le backlash écologique est reprise par les entreprises comme un instrument d’une gouvernance revivifiée.
C’est dans ce sens que l’environnement, et la prise en charge du facteur humain qui l’accompagne, sont des facteurs de progrès, et de croissance des entreprises.
1 - Voir notamment « les impacts positifs de la labélisation RSE », réseau Responsability Europe, de janvier 20265, et les travaux de l’ORSE.
Edito 11 février 2026
RESUME en 4 minutes de cet édito sur le podcast audio RECIVILISATION : https://urls.fr/uopw_W
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