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Double dividende en vue

La toute récente programmation pluriannuelle de l'énergie, PPE3 pour les initiés, met l'accent sur un point particulier, qui, en définitive, en est le cœur : L'urgence de l'électrification de des usages. Une électrification déjà engagée mais dont le rythme n'est pas celui espéré. Il faut donc accélérer, dans tous les domaines, les pompes à chaleur pour le chauffage, le véhicule électrique pour la mobilité, les fours dans l'industrie lourde, sans parler des usages nouveaux fort consommateurs d'électricité comme l'intelligence artificielle et les data centers. Un plan est prévu pour doper cette électrification, incontournable. Vite.

Réindustrialisation rime ainsi avec décarbonisation. Pour de nombreux usages, l'électricité est plus performante que le recours traditionnel aux énergies fossiles. Rien de mieux que l’électricité pour faire tourner un moteur, par exemple. La transition est donc à la fois favorable au climat, aux équilibres de notre commerce extérieur, à notre souveraineté, et à l'efficacité technique. Qui dit mieux ? Le développement durable était caractérisé dans ses premières années par la notion de double dividende, gagnant gagnant. Le terme de cobénéfice est aujourd’hui employé. Le sens est le même : une action, ou une mesure, et des effets positifs dans plusieurs domaines.

Mais pourquoi donc n’allons-nous pas plus vite dans cette voie, puisque tout le monde est gagnant ? Les raisons sont multiples.

Il y a la résistance au changement, là comme ailleurs. L’innovation fait parfois un peu peur, elle n'est pas toujours comprise, et surtout les bénéfices ne sont pas répartis de la même manière. Certains partenaires sont mieux servis que d'autres, ce qui peut provoquer des jalousies. Si le bénéfice global ne souffre pas de contestation, il peut se faire que certains intérêts se sentent menacés. Nous le voyons avec la voiture électrique. La transition suppose une transformation profonde de l'industrie automobile, notamment avec moins de salariés, moins d'entretien à prévoir, ce qui inquiète légitimement ceux qui travaillent dans ces domaines. L’abandon des énergies fossiles suppose une reconversion pour des métiers et pour des installations industrielles. Rien d’impossible, c’est même dans la nature des choses, avec l’évolution des techniques, mais il faut le prévoir et gérer la transition de manière que personne ne soit laissé sur le bord du chemin.

Il faut aussi de l’argent. Des investissements qui peuvent être considérables, des dizaines de milliards d’euros chaque année. Là encore, n’oublions pas que c’est un problème général, et que la modernisation courante de l’économie exige des investissements lourds. Il s’agit donc de modifier les mouvements d’argent existants. Par exemple, la transformation de l’agriculture vers un modèle « durable », peut se faire en modifiant l’usage des fonds européens, sans apport supplémentaire. Dans l’industrie, le point sensible réside dans le calendrier de la transition et la capacité de tous les acteurs concernés de s’y inscrire. La planification est à ce titre nécessaire, pour que les retours d’investissements soient compatibles avec les exigences commerciales. Le retard de la progression des voitures électriques, par exemple, concerne aussi bien les fabricants d’automobiles que les fabricants de bornes de recharge et les sociétés qui les exploitent.

Une autre raison est la complexité des transformations. Il n’y a pas que la production qui est affectée, mais aussi les usages et les consommateurs. Ça nous change nos habitudes, et certains perdent des repères acquis il y a des années. C’est un apprentissage collectif, qui prend du temps et demande une programmation et des moyens d’accompagnement. Une dimension culturelle incontournable. Reprenons le secteur de l’automobile. Nous sommes habitués à posséder notre voiture, il faut un vrai changement de mentalité pour préférer en louer en fonction des besoins, même si cette dernière formule est économique. C’est un changement d’imaginaire, qui demande du temps pour se répandre dans la société.

Et il y a bien sûr ceux qui exploitent ces difficultés, les tenants du rien faire, des énergies fossiles, et de l’économie d’hier. Ils tentent de retarder la transition, en s’appuyant sur tous les obstacles évoqués ci-dessus. Leur prospérité héritée d’hier leur en donne les moyens, et ils ont recours à tous les instruments du lobbying, y compris les infox.

Le double dividende est donc une promesse, mais il faut la mériter. Avancer sur les tendances lourdes qui structureront la société de demain, comme la décarbonation et la restauration de la nature. Et avancer en bon ordre.

Edito du 18 février 2026

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Commentaires

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Yves Poss
3 semaines ya
- la production d’électricité par la biomasse, ligneuse en particulier, n’est pas “neutre” pour l’effet de serre, comme cela est encore affirmé régulièrement. la transformation de cellulose et de lignine en énergie dégage du gaz carbonique, et celui-ci n’est réabsorbé par la photosynthèse qu’avec un délai certain. Le sujet est certes complexe, mais la présentation par la neutralité est mensongère. C’est une faute, car cet affichage provoque, (double peine, le contraire du développement durable), une mauvaise gestion de nos forêts, et de nos sols.
- la production d’électricité est très largement d’origine nucléaire, et, par là, pour le moment, dépendante de la Russie: je me rends complice de la mort d’Ukrainiens chaque fois que j’appuie sur mon interrupteur! Et le PPE, que tu évoques, ralentit les énergies renouvelables, pour pouvoir poursuivre la production nucléaire, pour renforcer notre dépendance à la Russie.
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