
Sur-consommation
Samuel Sauvage
Rue de l’échiquier, 2025
Un livre qui s’inscrit dans une collection : On arrête tout et on réfléchit ! Nous voici donc dans une réflexion sur la consommation, et plus précisément dans la société de consommation qui aurait dévié vers la sur-consommation. Une sur-consommation néfaste pour la planète, puisqu’elle est insouciante des deux questions amont et aval, avant la production il y a les prélèvements de ressources, et après la consommation, les déchets. Deux facteurs limitants qu’il faut bien introduire dans le circuit.
Samuel Sauvage définit la sur-consommation par rapport aux limites de la planète, comme le carbone, ou le volume de prélèvements de matières disponibles, comme le sable qu’il faut à présent aller chercher dans les fonds marins, au risque de compromettre la vie marine. Pour beaucoup d’entre nous, cette consommation dépasse largement nos besoins, mais elle est attisée par la publicité et des démarches commerciales agressives. Même la journée du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est instrumentalisée par les marques de produits pour les femmes… Le budget total de communication commerciale en France dépasse celui consacré à la Recherche et développement, R&D.
Le pouvoir d’achat est au cœur du sujet. Cause sociale incontournables, il est devenu un obstacle à toute réflexion sur la consommation elle-même. Le thème des prix bas s’impose à ce titre, au détriment d’autres manières de faire les choses, comme la réduction des dépenses contraintes (besoin de chauffage par exemple, avec l’isolation des logements) ou le fléchage des consommations comme les chèques restaurants.
L’auteur nous conduit vers la déconsommation, mais avec une étape, celle de la consommation responsable, qui n’est d’ailleurs pas une consommation plus chère, bien au contraire. Il donne quelques règles à respecter pour devenir un consom’acteur et décrit un parcours vertueux, semé d’embûches : le prix, plus cher à l’achat même s’il est globalement plus économique, le temps à y consacrer, le regard des autres et, au final, c’est trop compliqué, sans compter les effets pervers comme l’effet rebond. Même les labels ne parviennent pas pour l’essentiel à clarifier les choix. « Il ne faut pas [malgré tout] se tromper de piège : ce n’est pas contre la consommation responsable qu’il faut lutter, mais contre le mode de pensée qui fait reposer l’essentiel du travail sur le consommateur ».
Il faut donc désamorcer la surconsommation de manière collective, car les efforts individuels ne parviendront guère à relever le défi. Il s’agit d’une approche culturelle aussi bien qu’institutionnelle dont l’auteur décrit quelques composantes. L’encadrement de la publicité pour les produits de fort impact, et d’autres restrictions à la source, des bonus fiscaux pour les produits vertueux (réparables, économie circulaire…), le rationnement (comme la carte carbone, qui donne un crédit limité à chacun), des indicateurs de durabilité, dans le prolongement de l’indicateur de réparabilité, le renforcement des infrastructures de mutualisation, comme les ressourceries, et surtout une action culturelle pour un nouvel imaginaire où la consommation ne serait plus l’Alpha et l’Omega, et une planification écologique pour donner de la cohérence à toutes ces mesures.
Au total, c’est bien le pouvoir d’achat qui est le fil directeur de l’ouvrage, qui aurait pris l’allure d’un « vouloir d’achat ». « Noeud gordien de notre fuite en avant consumériste, il nécessite à la fois qu’on le redéfinisse et qu’on le déconstruise ». Un projet ambitieux auquel Samuel Sauvage nous invite.
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