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Les solutions fondées sur la nature, une voie vers la RECIVILISATION

Le CGAAER - Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux vient de communiquer : « Pour faire face aux transitions, le recours aux « solutions fondées sur la nature » doit prendre une place plus importante. L’adoption par l’État en juin 2025 de la feuille de route « ingénierie et génie écologiques » marque sa volonté de soutenir les activités qui y concourent. Les ministres chargés de la transition écologique et de l’agriculture ont confié à l’IGEDD et au CGAAER une mission conjointe pour amplifier et accélérer les résultats attendus (1) ». Il était temps.

Nous avions été surpris, il y a 2 ans, de voir les rapports de l’ANSES sur les nouvelles technologies génomiques et sur le glyphosate rendus publics après des décisions sur ces sujets (2), au point de s’interroger sur leur utilité. Aujourd’hui, c’est après les multiples lois agricoles que l’étude est lancée de voir ce que la nature apporte spontanément, pour peu que nous en prenions soin. D’autres instances, scientifiques notamment, s’étaient penchées sur la question, mais leurs propositions sont restées lettres mortes. La prospective d’arrière-garde, à la veille des élections, ça ne dérangera personne. Ce fera un rapport de plus qui arrive trop tard. Les priorités que nous observons sont claires : d’abord l’artificiel, avec des équipements, des produits industriels, de la génétique, et j’en passe, et ensuite le naturel.

Une des raisons est bien connue. Les humains cherchent à maitriser la nature, la plier à leurs volontés. C’est bien ce qui se passe quand ils cherchent à remplacer les capacités naturelles de retenues d’eau, zones humides, nappes souterraines notamment, par de grands barrages, des mégabassines, l’assèchement des marais, la suppression de tous les obstacles aux écoulements des eaux.

Une autre explication conforte cette hypothèse. Les solutions fondées sur la nature présentent plusieurs inconvénients.

Elles sont le plus souvent collectives. Ce sont des territoires qui sont concernés, des bassins versant, des massifs, des vallées, des plateaux. Tous les occupants de ces territoires sont à la fois les acteurs et les bénéficiaires de ces solutions fondées sur la nature. Une cohésion et des intérêts communs sont nécessaires à leur succès, condition pas toujours simple à obtenir.

L’action n’est pas spectaculaire, elle rappelle parfois d’anciennes pratiques, et ses effets sont souvent diffus, peu attribuable à telle ou telle opération. Le concept de retour d’investissement n’est pas pertinent pour caractériser les bénéfices attendus. Ceux-ci sont en outre étalés dans le temps ils arrivent progressivement, au fur et à mesure que la solution s’installe dans son environnement. Collectif, diffus et au long cours, trois aspects qui ne rendent pas ces solutions populaires a priori, même si les résultats sont plus solides, plus durables et plus économiques.

La question se pose dans tous les domaines. Dans le bâtiment, par exemple, il est possible de construire une maison climatisée selon des solutions fondées sur la nature. Exposition et protections extérieures, matériaux, ventilation naturelle, dépendances, mais la préférence de beaucoup ira vers des réponses techniques auxquelles un certain prestige et un sentiment trompeur de sécurité sont associés. Dans la mobilité, la tyrannie de la vitesse pousse parfois à choisir des formules très performantes pour la rapidité, alors que des moyens plus modestes et peu gourmands en ressources auraient largement suffi. L’image des solutions techniques et le mythe de la modernité conduisent à négliger les solutions fondées sur la nature alors qu’elles seraient souvent plus efficaces, plus sures, moins dépendantes d’aléas internationaux et moins onéreuses.

Ce dernier point, qui pourrait être un atout, est parfois un défaut. Le PIB n’accepte pas les solutions économiques, ça ne l’intéresse pas. Eviter une pollution n’apparait guère dans les comptes, contrairement à la dépollution. Les solutions passives, juste en laissant faire la nature, ne font pas tourner l’argent, elles n’entrent pas dans le calcul du pouvoir d’achat, elles n’ouvrent pas de droits à la retraite, elles ne cotisent pas à la sécurité sociale. Elles relèvent souvent de l’intelligence, de l‘observation des phénomènes naturels, du soft plutôt que du hard. En faisant faire des économies, elles ne gonflent pas le PIB et le monde des affaires peut à juste titre s’en inquiéter.

La technologie a pourtant de vastes domaines à explorer, y compris ceux où la nature est très présente, notamment pour mieux observer son action. Le génie écologique, évoqué dans la note du CGAAER, permettra de mieux comprendre le fonctionnement du vivant, et d’en tirer le meilleur parti possible. Il ne s’agit pas d’opposer les solutions technologiques et celles fondées sur la nature, mais d’inverser les priorités, en profitant d’abord de ce que la nature nous offre. Les énergies renouvelables illustrent parfaitement cette alliance à trouver entre les deux types de solutions. La nature est généreuse, mais parfois exigeante et même capricieuse. Elle nous offre l’énergie, mais avec son rythme lié aux vents, à la pluie et au soleil. La technologie permet de la capter et de la stocker pour un usage lié, de son côté, aux activités humaines. Elle nous permet de tirer le meilleur profit de ce que la nature nous offre.

1 - Repris de LinkedIn le 14 septembre 2026
2 - Voir l’édito Rapports tardifs du 29 mars 2024

Edito du 16 septembre 2026

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