
De l’alerte au défi
Les incendies et la sécheresse de cet été sont de indices forts de notre vulnérabilité. Profitons-en pour s’interroger sur ce phénomène dans la perspective des élections présidentielles.
C’est pourtant simple. La fragilité n’est pas bonne pour se perpétuer dans le temps. Pour durer, il vaut mieux ne pas être vulnérable. Le développement durable, quel que soit le sens que vous donnez au mot durable, suppose une maitrise des vulnérabilités de la société.
Cette évidence se heurte à un problème de perception et d’acceptabilité. Lutter contre les vulnérabilités demande un effort, financier, humain, comportemental, dans le but de nous éviter des déconvenues, qui peuvent se révéler très violentes. Elles ne nous apportent pas dans l’immédiat d’amélioration de notre bien-être. Ces efforts entrent en concurrence avec ceux, bien plus attractifs qui nous promettent du confort, du plaisir, de la richesse. Prenons une illustration dans le domaine domestique, les travaux d’entretien de notre maison. La réfection de la toiture par exemple, ou l’isolation thermique apparaissent comme des contraintes, auxquelles nous nous résignons à regret et le plus tard possible, alors que nous préfèrerions mille fois dépenser l’argent nécessaire pour faire un voyage, ou changer de voiture. Notre préférence va à la recherche d’un « plus », au détriment d’une défense contre le « moins ». Nous avons tendance à minimiser les risques, allant parfois jusqu’au déni, plutôt que de distraire nos moyens disponibles pour réduire notre vulnérabilité.
L’effort ne devient acceptable qu’à l’approche pressentie d’un risque majeur. La défense nationale en est une bonne illustration. Nous ne faisons l’effort que dans une situation de tensions internationales qui nous font craindre le pire. Il semble que ce soit bien plus difficile pour le climat, malgré les manifestations de plus en plus fortes des effets du dérèglement. Sans doute parce que nous avons collectivement une mémoire de la guerre, alors que nous sommes désemparés devant les changements climatiques que nous avons du mal à concevoir.
Les causes de fragilité sont d’ordre très divers. Sur certaines, nous n’avons d’autres réponses que la prévention et l’adaptation. C’est le cas des tremblements de terre, des tsunamis et des éruptions volcaniques. Evitons des secteurs sensibles ; quand ce n’est pas possible, installons des dispositifs d’alerte, pour pouvoir fuir avant la manifestation du cataclysme, adoptons des techniques résilientes, comme une architecture sismique.
D’autres fragilités sont le résultat de choix que nous faisons, et de leurs conséquences que nous connaissons parfois mal. Une partie peut être mise sous une grande étiquette « climat », comme les incendies de forêts, la montée des eaux et ses effets sur le trait de côte, les ouragans et les sécheresses, les canicules. Effets économiques et sociaux évidents, et aussi sur la nature, le monde sauvage en étant aussi victime. Dans un tout autre domaine pris dans l’actualité, les dettes accumulées fragilisent l’économie et de nombreux équilibres qui y sont liées. La montée des inégalités est un autre sujet de fragilité, avec les risques sociaux qui en découlent. Il peut y avoir une fragilité institutionnelle, quand les institutions, politiques, financières culturelles, semblent incapables de répondre aux besoins et d’organiser une réaction visible aux évènements. Sans entrer dans les détails, il semble que ces sujets soient fortement corrélés. Le coût du défaut d’écologie se reporte sur les finances publiques (le coût des pollutions est bien supérieur à celui de la prévention desdites pollutions), la raréfaction des ressources critiques accentue les tensions internationales, etc. La recherche des solutions, pour réduire cette vulnérabilité et s’adapter au risque tant que nous ne sommes pas parvenus à le supprimer exige une vue transversale. Une approche sectorisée pourrait bien accentuer une fragilité en voulant en diminuer une autre.
Dans tous les cas de figure, la lutte contre les vulnérabilités représente un coût et une contrainte, et sera ressentie comme un frein vis-à-vis des aspirations qui incarnent le progrès. Elles ne sont guère populaires en dehors des périodes sensibles, où un risque particulier s’impose à l’opinion. Mener des politiques au long cours dans ces conditions est toujours une gageure, face à l’immédiateté des problèmes et des besoins. Ce ne sont pas de bons sujets pour des campagnes présidentielles qui se jouent plutôt sur des émotions et des demandes immédiates. Comment, malgré cet handicap, les rendre populaires ?
Le concept de robustesse est une tentative de positiver la lutte contre les vulnérabilités. Une robustesse dont chacun doit pouvoir bénéficier, et pour cela la transposer dans son domaine personnel ou professionnel.
Il serait dommage et surtout contreproductif que le discours écologiste soit enfermé dans la réponse aux innombrables attaques climatosceptiques ou tu type « écologie punitive », on ne peut plus rien faire, etc. Une approche essentiellement défensive, comme la lutte contre les vulnérabilités. Il y a un besoin d’espérance à satisfaire, une promesse de mieux vivre, qui doit ouvrir une perspective face aux multiples alertes, pour les transformer en défis à relever.
Edito du 19 août 2026
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