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Comment détourner un banc de poisons & Les riches contre la planète

Comment détourner un banc de poisons, de Louise Broweys, aux éditions L’arbre qui marche
Les riches contre la planète, de Monique Pinçon-Charlot, aux éditions Textuel

Deux livres, deux autrices, deux enquêtes sur des sujets connexes, les entreprises face au développement durable pour l’une, le capitalisme et le chaos climatique pour l’autre. Deux femmes engagées, et pourtant deux regards très différents. Louise Broweys sceptique au départ sur l’engagement des entreprises, un « banc de poissons » à détourner. Monique Pinçon-Charlot, cherchant de son côté à démontrer les connivences entre les puissants de ce monde, « pour maximiser les profits tout en saccageant la planète ». Les sous-titres illustrent la différence de point de vue : Enquête sur un mouvement qui réconcilie l’économie et la nature, et Violence oligarchique et chaos climatique. Nous voilà prévenus.

Louise Broweys mène son enquête avec des entrepreneurs membres de la Convention des entreprises pour le climat, CEC, née à la suite de la Convention citoyenne pour le climat. Des entrepreneurs motivés, donc, dont l’objectif affiché est de régénérer les ressources consommées par l’entreprise. Mais ne serait-ce pas que du green washing, la croissance verte n’est-elle pas une chimère ?

Monique Pinçon-Charlot propose une trentaine d’observations, à prendre en fonction des préoccupations de chacun, à l’appui de sa conviction sur les prédations des différentes formes du vivant par les capitalistes.

L’enquête de Louise Broweys décrit l’aventure de six entrepreneurs (secteurs de l’alimentation, de l’automobile des cosmétiques, des travaux publics, du tourisme et de la vente en ligne) qui croient en leur rôle pour animer les changements incontournables à leurs yeux. Elle nous les présente, avec leurs personnalités et leurs convictions, et surtout la manière dont ils tentent cette mutation sans mettre en péril leur entreprise, et même pour lui assurer un avenir. Sa conclusion est nette « oui, l’entreprise peut être un des lieux de la sauvegarde du monde ». Mais attention, il y aura des échecs, des reflux. La lucidité, la résilience face à l’adversité, la confiance dans la ligne qu’ils ont choisie, sont leurs meilleurs atouts.

De son côté, Monique Pinçon-Charlot observe les comportements et les institutions à partir d’évènements ou de phénomènes représentatifs de la vie réelle : le glyphosate, le GIEC, le nucléaire, les COP, les jets privés, la fête de la science, etc Chacun de ces coups de projecteurs permettent de documenter la collusion entre les puissants, et la manière dont les « riches » exploitent les ressources de la planète. Par exemple, l’autrice reproche au GIEC « le défaut d’analyses sur la responsabilité des capitalistes et donc l’absence de modélisation du devenir de la planète avec une sortie du capitalisme ». Elle y voit l’ingérence de pays émetteurs de CO2, et les pressions subies par les scientifiques de la part des représentants des Etats.

Deux approches bien contrastées, vous l’aurez compris, malgré des positions initiales toutes les deux sceptiques. L’une met l’accent sur les progrès qu’elle a observés et les promesses qu’elle en déduit, l’autre se concentre sur ce qui ne marche pas, avec le péché originaire du capitalisme. Chacun y trouvera des éléments de réflexion, mais feront-ils bouger les lignes ?

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