Comment atterrir ?
Une boussole pour le monde qui vient
Bruno Latour et le collectif « Où atterrir ? »
Les liens qui libèrent, 2025
La référence est le cahier de doléance de 1789. Il s’agit de donner une base à un nouveau régime. Aujourd’hui, c’est un « nouveau régime climatique » auquel il faut donner consistance. Bruno Latour avait posé la question : Où atterrir ? et voici maintenant le consortium qu’il a suscité pour répondre à la question suivante : Comment atterrir ?
Ce livre est le compte rendu d’une recherche-action conduite par un consortium de chercheurs, de pédagogues, d’artistes, d’architectes, renforcé par des citoyens-experts. Un « travail de description des territoires de vie, effectué par les citoyens eux-mêmes, qui leur permettent de repérer ce qu'ils veulent conserver ce qu'ils veulent modifier de l'ancien régime climatique ». Le point de départ concerne en effet la manière de décrire un territoire aujourd’hui, sachant que « le monde où l’on vit n’est pas le monde dont on vit ». Le territoire est un lieu d’attachement, dont les formes multiples rendent inopérantes les limites traditionnelles. Une description du territoire de vie, à entreprendre collectivement en évitant les prises de position initiales et autres postures qui feraient écran au réel. « L'expression d'opinions, même si elle semble imiter une activité politique, paralyse aujourd'hui cette activité ». Il faut dépolitiser pour repolitiser. « Ce refus de la montée en généralités impose une descente dans les détails de la vie qui paraît bien mièvre et, du point de vue des anciens réflexes conditionnés, apolitique ! »
C’est que la description d’un territoire ne s’improvise pas. Comme en 1789, il faut une méthode pour se dégager des idées reçues pour aller vers le réel, et la recherche décrite ici est celle de cette méthode. L’économiste Keynes disait que le plus dur n’est pas d’adhérer aux idées nouvelles, mais de se dégager des anciennes. Bruno Latour et son équipe nous ouvrent une piste pour y parvenir.
Un des enseignements de cette recherche-action est qu’il faut une « forme » pour « sortir du « naturel » synonyme d’habituel ». Compter sur l’artificiel, ce pour quoi le recours à des exercices issus du champ artistique et de l’art oratoire est incontournable. Un rituel. Il y a un ordre dans le parcours d’apprentissage des participants, et en premier un échauffement, « la reprise des corps capables de ressentir et de s'exprimer ». Il y a aussi des instruments, des questionnaires, la boussole, des cartes des schémas d’enquête, dont l’objectif est de faire exprimer par chacun les entités dont il dépend, les menaces qui pèsent sur elles et ce qu’il fait face à ces menaces. Une nouvelle description du territoire. Il serait alors possible de « retrouver un lien entre la façon dont les participants décrivent le territoire et la façon dont le territoire est défini par les administrations ». Un lien qui pourrait aider l’Etat à mieux percevoir les attentes du territoire, et aux habitants de redevenir des citoyens, susceptibles d’exercer un pouvoir sur leur propre avenir.
La recherche-action a été perturbée par la crise sanitaire et le confinement, et n’a pas pu aller jusqu’au bout de ses objectifs. Elle se prolonge sous la forme de « bourgeons » un peu partout en France. Ce livre en présente le déroulement et les enseignements, avec de nombreux textes de Bruno Latour, et notamment, en guise de conclusion le « manifeste compositionniste » pour une école des arts politiques.
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