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On a mangé la mer

Une enquête au cœur de la crise de la pêche en France
Maxime de Lisle & Olivier Martin
Futuropolis 2025

C’est une bande dessinée pour rendre populaire un sujet complexe, mais qui nous touche directement. Il s’agit de la mer et de la pêche, une activité dont la prospérité dépend directement de la bonne santé de la mer. La prospérité dans la durée, qui pourrait bien être menacée par une exploitation immédiate excessive, genre la poule aux œufs d’or.

C’est une enquête, comme celle que vous voyez à la télévision, avec des interviews, des commentaires et des images qui donnent consistance aux propos tenus. Vous y trouverez quelques vedettes, comme Isabelle Autissier ou un ministre de la mer, mais surtout des scientifiques et des acteurs de terrain, représentant le monde de a pêche, armateurs et marins, mareyeurs, et marchands de poissons. Avec 0,1% du PIB, la pêche est un contributeur modeste de notre richesse, mais elle tient un rôle écologique déterminant. Elle pourrait être une sorte de poisson pilote des transitions à opérer, et nous donner de bonnes idées sur la manière de pratiquer, telle est l’hypothèse de départ.

Nous commençons par du dur, les navires industriels qui ratissent large et mettent en danger la pêche artisanale. Nous découvrons ensuite le golfe de Gascogne, dont nous apprenons qu’il est un grand site fréquenté par les mammifères marins, menacés par les sennes démersales, d ’immenses filets qui raclent les fonds et ne font pas de détail. Pour comprendre da diversité des modes de pêche, nous embarquons sur un chalutier de Guilvinec, où nous affrontons les vagues et apprenons la dangerosité du métier de marin-pêcheur. La complémentarité de le pêche artisanale et de la pêche industrielle apparait alors, pour atteindre des populations de poissons inaccessibles aux petites embarcations. Une activité qui doit d’évidence être régulée pour ne pas dégrader le milieu et la ressource. C’est à Bruxelles que se décide la régulation, et nous suivons un cycle de négociation qui détermine des quotas de pêche de l’année.

La mer est tributaire des techniques de pêche, mais aussi de la terre. La relation terre-mer est fort : les sédiments nourrissent le plancton, qui attire les poissons, mais les barrages sur les rivières les compromettent, comme dans l’estuaire de la Vilaine. La forte croissance de la population dans les villes littorales n’a pas été accompagnée des équipements suffisants pour traiter les eaux usées, et voilà les activités conchylicoles durement affectées. Et puis le réchauffement n’épargne pas la mer : 1 degré de plus, et c’est en moyenne 5% de prises en moins, et une évolution de la faune marine. La population de poulpes en Bretagne a été multipliée par 20 en une seule année, de 2020 à 2021, avec des conséquences sur les coquillages et les crustacés, dont se nourrissent les poulpes. Zoom aussi sur les fermes à saumons, nourris avec de la farine de poissons pêchés au large des côtes africaines. Toute une économie locale du poisson ainsi mise à mal, en plus d’une ressource surexploitée.

Un livre agréable et qui satisfait notre curiosité, avec aussi des lueurs d’espoir, avec des politiques de protection qui donnent des résultats, et des incitations à manger moins de poisson, et peut-être plus d’algues, et à se mobiliser sur le pouvoir de vivre, et non sur le pouvoir d’achat.

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