
Les économies d’abord
Les gros rouleurs sont l’objet de toutes les attentions. Comment les aider à faire face à la hausse du prix du carburant ? Une question hautement politique en ces temps préélectoraux, avec en fond de décor le souvenir des gilets jaunes.
En d’autres temps, lors des crises pétrolières des années 1970, la mode était à la chasse au gaspi. Comment vivre aussi bien en évitant de consommer ce qui ne sert à rien. Par exemple, adopter une conduite dite douce, qui fait baisser la consommation de carburant de 5% (chiffre variable selon la situation de départ). Aujourd’hui, cette piste n’est même pas évoquée. Il ne s’agit que d’atténuer le coût d’un plein.
Une politique qui pourrait se comprendre, s’il ne s’agissait que passer un mauvais moment, et que tout redeviendrait rapidement comme avant. Il n’en est rien, car nous savons bien qu’il faut progressivement abandonner le recours aux énergies fossiles. La crise aurait pu être une occasion d’accélérer dans cette direction.
Il y a en effet deux manières de procéder. L’une est de réduire l’usage des voitures thermiques, en les remplaçant par des équivalents électriques. Ça prend du temps, même s’il est possible d’en gagner par des aides financières. C’est un investissement qui fera gagner de l’argent plus tard, et c’est mieux que financer du pétrole importé. Une bonne mesure, mais qui ne répond pas à l’urgence. La critique peut juste porter sur le défaut d’anticipation des pouvoirs publics et des industriels de l’automobile, ce ne sera qu’un regret sans effet immédiat. Faisons de la crise un moteur de cette mutation du parc, pour éviter la dépendance vis-à-vis de phénomènes incontrôlables, pour réduire notre déficit commercial et, bien évidemment, réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Pour des effets immédiats, il faut reprendre les conseils de conduite économique. Réduire légèrement la vitesse, éviter de monter en régime, vérifier régulièrement la pression des pneus, retirer les galeries et autres excroissances extérieures : ça ne fait perdre que quelques minutes par déplacement quotidiens de quelques dizaines de kilomètres et gagner de l’ordre de 10 à 15% la consommation Pour fixer les idées, ça fait de 10 à 15 euros par plein. L’Etat pourrait à ce titre lancer une opération de sensibilisation et d’accompagnement en mobilisant les professionnels de la conduite et de l’entretien des voitures. L’argent dépensé pour faire évoluer les pratiques des automobilistes est un investissement qui sera toujours rentable.
Autre piste aux effets immédiats, le covoiturage. Le potentiel pour des déplacements domicile travail est considérable. La part actuelle du covoiturage quotidien est seulement de 3 %. Un Plan national covoiturage du quotidien a été lancé en décembre 2022, avec comme objectif de multiplier par 3 le nombre de covoitureurs réguliers en 5 ans. Les collectivités locales, les entreprises sont sollicitées et aidées pour favoriser le covoiturage avec des intéressements directs aux covoitureurs. Leur nombre aurait effectivement nettement augmenté, mais ils restent très minoritaires. Il y a des gros progrès à faire, qui seront sources d’économies malgré le prix élevé des carburants.
Il y aura toujours des automobilistes qui ne se sentiront pas concernés par ces dispositions. Ceux qui avaient déjà adopté un mode de conduite douce, et dont les parcours sont importants et irréguliers. Beaucoup de kilomètres parcourus qui prennent l’augmentation des prix des carburants de plein fouet. Des mesures d’aide directe sont sans doute incontournables, en attendant les effets de l’électrification du parc automobile. Mais pourquoi se priver des autres modes de soutien à tous ceux qui pourraient bénéficier du covoiturage et opter pour un autre mode de conduite ? L’argent du soutien à ces gros rouleurs deviendrait un investissement dont l’Etat et les intéressés bénéficieraient rapidement.
C’est ça le développement durable, un peu d’opportunisme pour profiter des évènements pour progresser, et des bénéfices partagés, un double dividende : la fin de monde et la fin du mois réconciliés !
Edito du 23 septembre 2026
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