Accéder au contenu principal

Au-delà de l’IA

Guttenberg a dû mettre au chômage bien des copistes, mais il a permis de populariser l'écriture et par suite la lecture, cela en valait sans doute la peine. Depuis toujours l'introduction de nouvelles technologies bouleverse le paysage économique et les activités humaines. Le métier à tisser en a été une des illustrations les plus emblématiques, avec les malheurs des canuts. Bien sûr d'autres activités sont venues combler les vides ainsi créés, mais il a fallu un siècle pour que le revenu des ouvriers retrouve son niveau d'avant le métier à tisser.

Alfred Sauvy a décrit cette évolution avec le concept de progrès récessif, celui qui permet de produire la même chose avec moins de main d'œuvre, à comparer au progrès processif qui permet d'augmenter le volume de la production. C'est grâce au progrès récessif que des activités comme les arts, destinées à agrémenter la vie au-delà de la survie, ont pu se développer, tandis que les progrès processifs permettaient une croissance de la population.

Aujourd'hui c’est l'intelligence artificielle qui provoque la transformation profonde de notre économie. Elle succède à d'autres chocs comme l'introduction du numérique et des nouveaux modes de communication il y a quelques années. Elle va tuer beaucoup d'emplois, nous est-il annoncé, et en plus elle va prélever sans ménagement deux ressources vitales pour l'humanité, l'énergie et l'eau. Comment faire face à ce choc à plusieurs dimensions ? C'est au seuil du développement de l'IA que ces questions doivent être posées. Il sera trop tard quand elle se sera généralisée, il est peut-être déjà trop tard.

En premier lieu, demandons à l’IA d’être la plus sobre possible. Elle s’est installée dans un paysage énergétique donné, et elle peut certainement progresser significativement, comme toutes les activités. Les difficultés qu’elle rencontre pour l’installation des data centers vont sans doute l’inciter à la sobriété, mais il y aura surement des limites.

Ensuite, demandons-lui d’améliorer les bilans carbone et eau des activités où elle s’implante. L’IA au service de l’économie circulaire, de la régulation des consommations de ressources, d’une manière générale de tout ce qui permet de répondre à un besoin en consommant le moins de ressources. Et l’IA au service de la qualité de vie au travail, pour alléger la pénibilité éventuelle et se substituer aux humains pour des tâches dangereuses ou avilissantes.

Ces efforts concernent des activités déjà existantes ou prévisibles. L’enjeu majeur est sans doute sur les nouvelles activités qui vont émerger. Il va bien pouvoir donner du travail pour occuper tous ceux qui ne trouveront plus d’emploi du fait de l’augmentation de la productivité promise par l’IA. Nous pourrions bien travailler moins, et se mettre ainsi dans la continuité d’une tendance millénaire, mais le travail ne sert pas qu’à produire, il est le lieu de relations sociales, et une des clés de répartition de la richesse. Nous travaillerons peut-être moins, mais nous travaillerons quand même. Faisons le vœu que ces nouvelles activités soient compatibles avec la finitude du monde, qu’elles ne soient pas gourmandes en ressources autres que les ressources humaines. Il nous faut imaginer des activités le plus immatérielles possibles. Le pire serait que le temps libéré par l’IA soit consacré à un tourisme en orbite comme nous en voyons des avant-premières aujourd’hui. Des activités initiées pour des milliardaires et consommatrices extravagantes d’énergie et de ressources naturelles. Les nouveaux emplois devront permettre de valoriser au maximum les ressources existantes, sans devoir en chercher de nouvelles dans des conditions périlleuses qui compromettraient les équilibres planétaires. Des emplois tournés vers le développement humain, la culture, la santé, l’éducation, la science, et tout ce qui permet de mieux vivre sans accroître la pression de l’humanité sur la planète.

Edito du 28 octobre 2026

  • Vues : 24

Ajouter un Commentaire

Enregistrer