La santé au secours de l'écologie
Un rayon de soleil dans l'hiver que connaît l'écologie depuis quelque temps. Sollicités au sujet d'une loi illustrative de ce recul décomplexé, les électeurs se mobilisent en grand nombre sur une pétition lancée officiellement sur le site de l'Assemblée nationale.
Il s'agit d'écologie, avec les atteintes au cycle de l'eau, conséquence les grandes retenues qui sont favorisés sans retenue (sans jeu de mot), des eaux douces victimes des rejets des grands élevages industriels et de la pollution diffuse provoqué par l'usage de nombreux produits. Il s'agit de la biodiversité, déjà mise à mal par les modes de culture, la suppression progressive des réserves que constituent les haies, bosquets et autres mares, et par l'usage de tous ces produits, qu’ils soient toxiques par eux-mêmes ou qu’ils détruisent les équilibres physiques et biologiques des sols et des eaux. Il s'agit aussi de la santé humaine, une des composantes du concept de l'OMS « une seule santé » qui nous concerne particulièrement. Une santé fragilisée soit directement, par tous ceux qui utilisent ces fameux produits ou qui sont proches des lieux d'utilisation, soit indirectement par les résidus qui persistent dans les aliments et les boissons, y compris l'eau, dont nous nous nourrissons.
Ce n'est pas la première fois que l'environnement et la santé se trouve réunis dans un mouvement de protestation, mais l'ampleur du mouvement en cours et en partie fille de l'évidence du lien entre environnement et santé. Ce n'est pas une découverte. Depuis 2004, les gouvernements successifs ont élaboré des plans santé-environnement ; nous savons que notre santé dépend pour les 3/4 de facteurs environnementaux, y compris notre alimentation. L’usage des produits permet des économies dans la production agricole, au dire de leurs utilisateurs, mais provoque aussi des dépenses considérables en matière de santé. Le sentiment de révolte qui s’exprime dans la pétition contre la loi Duplomb est la conséquence de la prise de conscience des menaces qui pèsent sur notre santé. L’environnement, ce n’est pas préférer les animaux aux humains, comme il est souvent insinué, c’est offrir aux humains un cadre de vie et des ressources en bon état.
Les manifestations d’agriculteurs de l’année dernière avaient bonne presse, la condition de la plupart d’entre eux étant précaire, et elles ont été le prétexte à une simplification abusive. Les tenants de l’agriculture industrielle sont parvenus à transférer la colère paysanne de la question des revenus agricoles, effectivement centrale, sur les exigences environnementales. Bien joué sur le moment, mais stérile à tous égards et sans lendemains. Des progrès fragiles sur les revenus, et une nouvelle colère, celle des consommateurs qui se sentent menacés dans leur santé.
La question des revenus est ancienne. Elle s’inscrit dans un contexte aux nombreux aspects, notamment la répartition de la valeur ajoutée entre d’une part les fournisseurs de l’agriculture, les industries agro-alimentaires, le commerce et les grandes centrales d’achat, et d’autre part les agriculteurs. Il y a aussi le contexte international, les aléas de la météo, le climat sur le long terme (les rendements baissent significativement avec la hausse des températures), et les apports de l’Europe, les milliards qui vont pour l’essentiel aux grandes cultures et aux grandes exploitations. Grosse consommatrice d’eau douce, gros émetteur de gaz à effet de serre (20% des émissions en France, pour 2% de PIB), fortes inégalités entre les exploitants, fort taux de suicides, l’agriculture dite conventionnelle n’est pas exempte de critiques. Elle fait l’objet de recommandations des organismes internationaux, notamment de la Banque mondiale qui estime que ce modèle est dépassé, et qu’il faut en changer, dans l’esprit « solutions fondées sur la nature ». Faire AVEC la nature, plutôt que CONTRE. Le coût de la transition est une des difficultés à affronter, mais l’Europe dispose avec la PAC d’un budget largement suffisant pour cela. A condition de l’utiliser pour accompagner le changement, et non pour faire perdurer le système ancien, comme c’est le cas actuellement.
L’ampleur du mouvement de protestation actuel témoigne de l’importance de la santé dans l’esprit des Français. Les sondeurs nous disent par ailleurs que c’est leur première préoccupation. Les mouvements écologistes n’ont manifestement pas su mettre en valeur ce lien environnement-santé, et ce sont les excès des représentants de l’agriculture dominante qui y parviennent. Curieux retour des choses, mais réjouissons-nous-en et souhaitons que cette révélation étende ses effets à tous les types de production, à toutes les activités !
Edito du 23 juillet 2025
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