
La sensibilité du cachalot
Fabienne Delfour
Tana Editions, 2026
C’est l’histoire d’une « biologiste engagée à l’écoute », comme le précise le sous-titre. Un livre autobiographique, qui nous raconte une histoire, celle d’une chercheuse multifacette sur le comportement animal. Un livre sur l’altérité, la capacité à se mettre dans la peau d’une autre personne, d’un autre être vivant, en se détachant de sa propre sensibilité. Un art difficile, auquel Fabienne Delfour s’adonne avec passion, et qui nous touche par la sincérité qui s’en dégage. Une approche qui était déjà présente dans plusieurs livres présentés ici comme Le dernier gorille ou un monde immense, où il était question d’un « regard « gorillomorphique » et de « voir avec les yeux d’un autre ».
Ce livre relate une multitude d’expériences, de missions d’observation, d’études en laboratoires, et toutes les aventures que connaissent les chercheurs sur le vivant, et plus particulièrement sur le milieu marin, « car les outils des cétacés sont insaisissables, faits d’air, d’eau et de son ». Aucune trace de passage, aucune tanière, « l’Océan dissout ses marques éphémères, plus rien ne subsiste ».
Tous ces efforts pour partir « à la recherche d’une possible compréhension entre les animaux humains et non humains ». Il s’agit de comprendre le langage des animaux, leur caractère, leurs émotions. Et pour cela accepter l’idée qu’ils ont chacun leur personnalité, leur place dans leur société, qu’ils sont des individus au-delà de leur appartenance à une espèce et à un groupe. Fabienne Delfour évoque à ce titre la primatologue Jane Goodal, et « ses propres observations, engagées et empathiques. C’est une révolution ! Jusque là les animaux ne sont que des numéros ou considérés comme des tubes à essai ».
Etablir le lien entre humains et non humains reste un rêve, il y a encore beaucoup de travail pour y parvenir, mais Fabienne Delfour ouvre des pistes pour mieux comprendre la sensibilité des cachalots et d’autres cétacés, dauphins et baleines notamment. Elle a constaté que les animaux, eux aussi, tentent d’approcher les humains, s’affranchissent de lignes réputées infranchissables, et se révèlent comme des ambassadeurs de leur espèce, des liminaires. Pourquoi pas la réciproque ?
Elle observe également que la recherche animalière donne une place particulière aux mâles, au détriment des femelles, et aux chercheurs, au détriment des chercheuses : « Alors que la parole des femmes de notre début de siècle se fait plus forte et souvent militante, les chercheurs questionnent-ils le féminisme dans les sociétés animales ? » Elle appelle de ses vœux « une science plus participative et plus inclusive » avant de conclure sur une injonction qui résume bien son engagement : « cultiver l’émerveillement » !
- Vues : 1


Ajouter un Commentaire