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Un nouveau modèle d’affaires

C’est la Chambre de commerce et d’industrie de Paris qui le dit : Pour les entreprises, le développement durable conduit à adopter un nouveau modèle d’affaires, bien au-delà de petits ajustements ou arrangements locaux.

Comment imaginer un développement sans les entreprises ? Le développement durable n’échappe pas à cette nécessité, nous ne réussirons pas la « transition » sans les entreprises et les entrepreneurs. Le discours écologiste leur a souvent semblé hostile. Il est vrai que l’activité des entreprises a longtemps ignoré l’environnement, perçu comme une contrainte, allant parfois jusqu’à une forme de négationnisme. La position court-termiste de certaines qui font encore fi du réchauffement climatique ne peut que conforter une méfiance réciproque entre écolos et entreprises. Nous ne progresserons guère vers la durabilité en restant sur cette situation. Heureusement, l’état d’esprit des entreprises évolue, de nombreux indices en font état. Même le green-washing a pu y contribuer.

Une note de Novethic du 6 juillet dernier, par exemple, nous explique le processus : Pour commencer, elles tentent d’écologiser leur image. Elles proclament une neutralité carbone en pratiquant des compensations. Celles-ci sont souvent illusoires, de plus en plus d’études l’ont constaté. Ce pseudo engagement les a malgré tout mis sur la voie. Les exigences de leurs clients, et souvent de leur personnel, ont monté d’un cran, et les voilà au pied du mur. Certaines choisissent d’abandonner cyniquement un discours trop décalé par rapport à la réalité, en se référant aux exigences des actionnaires. Les masques tombent. D’autres, au contraire, abandonnent leur politique de compensation pour s’attaquer enfin aux questions de fond, comment « verdir » réellement leur activité. Il était temps, saluons cette évolution.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les entreprises s’intéressent à l’environnement. Il y a évidemment les contraintes légales, qui ont pu pousser certaines à en faire plus, pour se mettre à l’abri ou pour prendre une longueur d’avance. Des associations professionnelles se sont créées pour accompagner ce mouvement, telles que Entreprises pour l’Environnement et OREE, en 1992, et le Comité 21, en 1995. Des fédérations professionnelles ont créé des commissions environnement spécialisées dans leurs domaines. Des certifications nationales, européennes et internationales ont proposé des repères aux entreprises volontaires.

Plus récemment, à la suite de la convention citoyenne pour le climat, s’est créée en 2020 la Convention des entreprises pour le climat  Objectif : « rendre irrésistible la bascule de l’économie extractive vers l’économie régénérative avant 1930 ». L’année suivante, c’est le Grand défi des entreprises, pour mobiliser « les entreprises et leur écosystème pour créer un nouveau modèle de prospérité économique, humaniste et régénérative ». Bien sûr, parmi les adhérents de ces organismes, il y a des opportunistes, qui veillent à leurs intérêts, mais le mouvement est bien réel et il prend de l’ampleur.

L’évolution de la CCIP, chambre de commerce et d’industrie de Paris est significative à cet égard. En septembre 2021, est présentée en Assemblée générale une « prise de position au nom de la Commission Économie et financement des entreprises et du Groupe de travail « Rapprocher la chaîne de valeur au plus près du client ». Une prise de position  concernant les PME-TPE pour favoriser « une dynamique de changement », « accélérer l’innovation et la transformation productive des entreprises », et « raisonner en chaîne de valeur globale ». Une perspective de progrès fondée sur une nouvelle approche de la chaîne de valeur, dite « globale », qui se retrouve en juin 2023 dans une étude prospective de la CCIP intitulée « La sobriété au cœur des modèles d’affaires de demain ». Il ne s’agit plus d’améliorations techniques, mais d’une remise en question du « modèle d’affaires ». Une transformation profonde, qui ne peut se concevoir sans « une appropriation plus large par un récit collectif à l’attention de tous les acteurs, un travail sur la manière dont les humains comprennent leurs besoins, une interrogation sur la question du “quoi produire ?” et un élargissement des référentiels comptables à la dimension environnementale ». L’entreprise est partie prenante de la société, et ne peut évoluer séparément, mais elle peut jouer un rôle moteur et doit s’y préparer.

L’entreprise moteur de la transition écologique, voilà une bonne nouvelle dans un monde qui doute de son avenir. Espérons que ce discours innovant sera entendu par les responsables desdites entreprises, petites et grandes !

Edito du 16 août 2023

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Commentaires

0
Yves Piere Poss
1 mois ya
Espérons...
Je n'en vois pas l'émergence dans le secteur de la filière forêt bois, où l'interprofession reste calée sur ses "us et coutumes".
Avec, cependant, un verdissement du discours, mais en veillant à ce qu'aucune mesure contraignante n'impose un changement.

Qui dénoncera ce green washing, qui analysera et commentera les textes réglementaires, ou les certifications, pour en montrer la superficialité?
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