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Déclassement assuré ou changement gagnant

La presse nouqs révèle les intentions du Rassemblement National sur l'environnement. Voilà un positionnement curieux, pour une formation politique qui aspire au pouvoir en se réclamant de la grandeur de la France. Le passé comme modèle, c’était mieux avant, avec le bon sens en tête d’affiche, combiné à une foi absolue en la science qui résoudra tous nos problèmes. Un curieux cocktail « bon sens, pragmatisme et science » pour aller gaillardement de l’avant.

Le bon sens nous donne bien sûr des repères importants, mais il s’est forgé hier, et s’appuie inévitablement sur des constatations et des expériences datées. Certaines ont encore du sens, mais d’autres ont perdu toute crédibilité, et il serait bien dangereux de construire sur cette fondation. Le monde a changé, nos connaissances et nos techniques aussi, et bien des certitudes d’hier ne le sont plus aujourd’hui. Les échelles de temps et d’espace aussi, les enjeux locaux et immédiats sont aujourd’hui planétaires et décalés dans le temps, et nous subissons les effets cumulatifs de prises de décision et de comportements des siècles derniers. Le bon sens est conservateur par construction, et trompeur dans nos projections dans l’avenir. Il ne faut pas le négliger pour autant, il est encore plein d’enseignements, mais il ne faut pas le suivre aveuglément.
Le pragmatisme, également mis en avant par le RN, a des vertus, mais il a aussi des limites. Il est myope par nature, ancré dans le court terme, il n’est pas le champion de l’anticipation. Ce serait plutôt un suiveur, qui rechigne à toute prise de risque. Bon sens et pragmatisme, les deux mamelles du discours environnemental du RN, tournent clairement le dos à toute recherche d’un futur différent, et finalement à toute adaptation de notre pays au monde de demain. Innovateurs, entrepreneurs, passez votre chemin.

N'ayons pas d’illusion. Cette recherche se fera quand même, mais ailleurs, provoquera inéluctablement un déclassement de la France et accentuera sa dépendance. Pour ne prendre qu’un exemple, la marginalisation des énergies renouvelables nous privera d’un marché mondial en rapide extension, et nous maintiendra sous la dépendance des marchands de gaz et de pétrole pendant au moins quinze ans, date prévue pour la mise en service des nouvelles centrales nucléaires. Bonjour le réchauffement climatique, et l’envolée du prix de l’énergie : les fossiles nous mettent à la merci des pays fournisseurs, qui en profiteront bien évidemment pour gonfler les prix ; le kWh sorti des nouveaux EPR coutera deux fois plus cher que ceux des centrales actuelles, et que ceux des renouvelables. Le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises en seront lourdement impactés.

Un autre volet de la politique proposée est l’accent sur la recherche. Une recherche dont l’objectif est annoncé : protéger le mode de vie des Français. Une recherche qui résoudra tous nos problèmes sans avoir à changer quoi que ce soit à notre mode de vie. Nous retrouvons, transposé, la célèbre phrase de Georges Bush père, « le mode de vie des américains n’est pas négociable ». Pauvre recherche confinée à un rôle de dorlotement de notre société, dans un monde en ébullition et en transformation profonde. Nous préférons une science tournée vers l’avenir, « deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources », pour reprendre le sous-titre du livre « Facteur 4 », écrit à la demande d’un groupe d’industriels, le Club de Rome (1).

La prise de position du Rassemblement National à un mérite : Son volet électoraliste met en évidence l’écart entre la réalité perçue ici et maintenant, en « micro-économie » notamment dans les milieux ruraux, et les enjeux globaux suivis dans la durée en termes macro-économiques et géopolitiques. Un écart exploité à fond et sans vergogne, alors qu’il serait plus conforme à la fonction d’un parti politique de tenter de le réduire, et de proposer une voie pour y parvenir.

Cette démarche est rendue possible en bonne partie par les défauts de la communication écologique. Nous ne sommes pas parvenus à offrir en perspective un futur attractif. L’accent est mis sur nos fautes, nos excès qui compromettent le futur, et sur la nécessité de réduire notre train de vie pour sauver la planète. Un discours anxiogène et culpabilisant. Il est vrai que la planète se porte mal, et que le mode de vie des pays industrialisés est la cause des dérèglements qui pourraient affecter durement l’aventure humaine, mais ce n’est pas en provoquant la panique souhaitée par Greta Thunberg que nous parviendrons à rendre le changement « désirable ». Oui, il va falloir changer nos modes de vie, et le changement peut nous faire peur, nous faire craindre une dégradation de ce fameux mode de vie. Et justement, si nous voulons conserver notre qualité de vie, et même l’améliorer, il va falloir changer. Ne rien faire, le retour à un passé idéalisé, conduit inéluctablement à un déclassement. Le changement est impératif pour vivre mieux, un changement porteur de progrès humains, un changement à inventer car il ne sera pas dans le prolongement de la « croissance » telle que nous connaissons. Une nouvelle forme de développement humain à laquelle chacun est appelé à apporter sa pierre. Nous ne le ferons pas en brandissant des menaces et des anathèmes, mais en mobilisant le plus grand nombre sur des objectifs séduisants, qui donnent envie de s’engager. C’est la meilleure réponse aux arguments du RN.

1 - Facteur 4, Rapport au Club de Rome daté de 1997, d’Ernst U. Von Weizsäcker, Amory B. Lovins, et L. Hunter Lovins, Terre Vivante pour l’édition française.

Edito du 22 août 2023

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