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N’oublions pas les couts évités

En ces temps de pandémie, notre dette publique est souvent évoquée, avec une inquiétude légitime. Le « quoiqu’il en coûte » doit avoir une fin, et qui va payer ? Ces dépenses considérables sont à mettre en regard avec ce que leur absence aurait produit. Combien aurait couté la disparition de milliers d’entreprises, les drames sociaux qui en auraient été la conséquences, chômage, déclassement, et sans doute suicides, troubles sociaux, etc. Un coût que les économistes pourraient calculer, mais qui ne sera pas constaté et restera théorique.


Le concept de coût évité est victime de son côté virtuel. C’est le grand problème de la prévention, les gains ne se concrétisent jamais, alors que les dépenses sont sonnantes et trébuchantes. C’est le cas pour la santé, le bénéfice d’une population en bonne santé n’est guère mis en regard des dépenses. C’est aussi le cas pour l’environnement. Le coût de l’environnement est souvent pointé du doigt, même les écologistes parlent de budgets nécessaires pour la transition, alors que c’est l’absence de prise en compte de l’environnement qui coûte cher, et tous les retards à la transition.
Il arrive en outre que les bénéfices réels ne soient pas comptabilisés parce qu’ils ne concernent pas l’environnement. Le tourisme en est un bon exemple, il bénéficie de la protection des sites, il procure des recettes, mais c’est un autre secteur, un autre budget. La rénovation énergétique permet d’éviter de nombreux coûts sanitaires et sociaux, notamment quand il s’agit de lutter contre la précarité énergétique, mais là encore les boucles de se ferment pas, et l’argent investi n’est pas mis en rapport avec l’ensemble des retombées positives. Idem pour la lutte contre le bruit, qui permet de réduire les dépenses de santé, ainsi que le coût de l’absentéisme et de la perte de productivité des personnels fatigués par des agressions sonores accumulées au travail, dans les transports et à domicile.
Nos comptabilités publiques ne rendent pas compte convenablement des coûts évités. Le cloisonnement des budgets en est une des causes, mais aussi la difficulté de les calculer et parfois de les monétariser. Combien coute la perte de valeur d’un paysage ? La dégradation se prolonge dans le temps, il faut évaluer et actualiser, autant de problèmes délicats sujets à controverses. Ce n’est pas toujours le cas. L’exemple classique des eaux de Munich le montre clairement. Au lieu de traiter les eaux recueillies dans un bassin versant, la société des eaux finance les agriculteurs en échange de pratiques culturales garantissant la qualité des eaux. Il y a dans ce cas l’économie immédiate du traitement des eaux évité, à mettre en regard des dépenses liées aux contrats passés avec les agriculteurs. Le service rendu par la nature est alors évalué, mais il n’est pas intégré au PIB, où les services gratuits sont ignorés.
C’est une critique ordinaire de la comptabilité publique et du fameux PIB, et la recherche de nouveaux indicateurs n’est pas parvenue à ce jour à corriger ce défaut. Les impôts non engrangés du fait d’aménagements fiscaux sont intégrés, sous le nom de dépenses fiscales, mais pas les dépenses non réalisées pour obtenir un service donné.
Le développement durable est la recherche d’une meilleure qualité de vie tout en prélevant moins de ressources. Il ne peut qu’engendrer des services rendus aux humains à moindre coût environnemental, en valorisant au maximum des services « gratuits », qu’ils soient produits par la nature ou par une meilleure organisation humaine. Le covoiturage, par exemple, peut augmenter la quantité de service rendu tout en réduisant la dépense totale en termes monétaires. Amis économistes, il va falloir trouver des réponses pour aller résolument vers une croissance du bonheur national brut.

 

Edito du 27 janvier 2021

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