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Les pingouins ne sauveront pas la banquise

Mélusine Boon-Falleur
Editions JC Lattès, 2026

Si vous pensez partir envoyage pour le grand Nord, vous serez déçu. Point de pingouins ni de banquise dans ce livre. Son objet est de « lever les obstacles cognitifs pour enfin passer à l’action écologique », comme le signale le sous-titre. Une autre aventure, mais une aventure quand même.

Même si une large majorité de Français se déclarent préoccupés des questions d’environnement, et notamment de climat, ils n’en passent pas pour autant aux actes. Comment les inciter à le faire, quelles erreurs avons-nous commises pour qu’ils ne se soient pas déjà engagés ? Mélusine Boon-Falleur répond à ces questions en s’appuyant sur les sciences cognitives, celles qui nous aident à comprendre le fonctionnement de notre cerveau. Les réponses s’adressent à chacun d’entre nous, et aussi aux pouvoirs publics, aux institutions, qui pourraient d’ailleurs être sensibles aux pressions des citoyens, si celles-ci sont bien orchestrées.

Au-delà de ces observations et ces conseils, un constat : « Les grands progrès sociaux du 20e siècle […] ont émergé de changements profonds de représentations et de valeurs, non de la seule contrainte politique ». Il faut donc mobiliser « les ressorts psychologiques, cognitifs et culturels de nos comportements », et ce à quoi nous invite l’autrice. Elle nous dit aussi ce qu’il ne faut pas faire, comme adopter un discours trop complexe et éloigné des sujets de préoccupation des personnes à convaincre, au lieu de surfer sur leurs modes de pensée, et de s’introduire dans leurs univers. « Adapter son message aux motivations et valeurs de celui à qui l’on s’adresse ». Elle constate que « ce n’est pas la cause qui est rejetée. Ce sont ceux qui la portent et la manière dont ils la porte ». Elle nous exhorte à ne pas susciter de dissonance cognitive, c’est-à-dire « la tension intérieure qui nait lorsque nos comportements contredisent nos valeurs et nos croyances ». Une expression apparait dans l’introduction, qui donne le ton : « Comment donner envie ? », approche récurrente dans le dictionnaire du développement durable et dans mon dernier livre, Recivilisation.

Elle nous incite à « rendre l’écologie facile », fait l’éloge de l’activisme, souhaite une évolution des règles du jeu, réglementation et fiscalité notamment, pour faciliter les bons comportements et dissuader des mauvais, note l’importance du statut des acteurs et du regard des autres. Passer aux actes à plusieurs est bien plus facile que le faire seul, et si une récompense, financière ou sociétale, peut vous être accordée. La recherche de prestige serait un bon levier pour le changement, à condition que le support dudit prestige intègre l’écologie. Un imaginaire renouvelé.

Un livre pour donner envie de donner envie d’écologie.

Une remarque, toutefois, sur un chapitre intitulé « préoccuper », où il est surtout question des risques du rien faire, de l’inaction. Préoccuper consiste à réveiller une certaine inquiétude, peut-être même une angoisse, ce qui n’est pas, semble-t-il, la meilleure manière de donner envie. Qu’il me soit permis de faire une suggestion. Une manière de faire aurait été d’évoquer l’adaptation au changement climatique. Une démarche qui présente l’avantage de sensibiliser aux dégradations déjà perceptibles et à venir, tout en proposant des amorces de solutions. Pas de préoccupation sans perspectives.

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