L'écologie punitive, une fatalité ?
"Les maux et les mots de l'écologie" est le titre d'une note du think tank Terra Nova, datée du 14 février 2022. Une note consacrée à l’expression « écologie punitive », en vogue dans certains milieux et récurrente dans de nombreux discours politiques. Toute contrainte, qui apparait aux écologistes nécessaire pour préserver notre environnement, de proximité (paysage, …) ou planétaire (climat, …), relèverait de l’écologie punitive. Nous n’avons plus le droit de ne rien faire ! Les groupes de pression concernés par ces contraintes sont évidemment les premiers à agiter le drapeau de l’écologie punitive : les agriculteurs qui veulent conserver l’usage des pesticides, bien qu’ils en soient les premières victimes (1), les constructeurs d’automobiles qui font toujours la promotion des SUV, qui, même électrique, consomment toujours plus d’énergie que les petits modèles (Voir édito du 19 janvier). « Au total, peu de mesures écologiques sont aujourd’hui susceptibles d’échapper à ce sceau d’infamie ».
Selon Terra Nova, ne rêvons pas, une « transition douce et heureuse » ne serait pas possible. La contrainte est inévitable, comme elle l’a été sur bien d’autres sujets d’intérêt public, comme le tabac (interdiction diverses et hausse des prix), ou de sécurité routière (ceinture de sécurité, alcoolémie, vitesse limitée, etc.).
Evidemment, le mot écologie positive a été inventé par des ennemis de l’écologie. Il faut toutefois s’interroger sur les raisons du succès de la formule. Nos amis écolos, quelle que soit leur manière de l’être, n’ont-ils pas leur part de responsabilité ? A commencer par le ministère de l’environnement qui a oublié le concept même de qualité de la vie au cours de ses transformations successives. L’humain est progressivement apparu comme le responsable de tous les problèmes de la planète, et ce n’est pas la meilleure manière de mobiliser les énergies pour ladite planète.
Nous sommes bien d’accord sur le fait que la nécessaire transformation ne se fera pas sans sacrifice. Accepter de changer demande toujours un effort. Toute la question est de savoir comment solliciter cet effort, comment l’obtenir des citoyens, des collectivités de toutes natures et les entreprises.
Prenons l’exemple de l’alimentation, un tiers de notre empreinte écologique en moyenne, et une pratique universelle, que chacun comprend aisément, plus facilement que la place de l’électricité pour notre mobilité. En exagérant à peine, le message dominant, le plus visible même s’il n’est pas majoritaire, revient à culpabiliser les mangeurs de viande. Cruauté, bilan carbone, santé, tout est bon pour cela. Haro sur la viande ! ce qui permet aux professionnels de la filière de hurler à l’écologie punitive. Une autre démarche est de faire, avec le concours de grands chefs de cuisine comme ont procédé les Danois en 2009, la promotion de nouvelles recettes, à base de légumineuses notamment. Des recettes savoureuses, originales, et en plus économiques. De quoi donner du prestige au changement, tout en réduisant la pression sur la planète et sur nos portemonnaies. Pas la peine de montrer du doigt les pratiques que nous souhaitons modérer. Mieux vaut ouvrir de nouvelles perspectives, donner envie de s’inscrire dans une modernité revue et corrigée, et en plus sociale car accessible à tous.
La règlementation, la fiscalité, peuvent bien sûr accompagner une démarche de ce type, en plus de campagnes de communication fondées sur une bonne étude de marketing. Comprendre les motivations, les ressorts à stimuler, permet d’aller plus vite et plus loin que des obligations mal vécues. Les contraintes seront mieux acceptées si elles sont accompagnées de perspectives agréables dont chacun pourra bénéficier, des contraintes pour mieux vivre, et pas seulement pour éviter le pire.
Le côté punitif que le discours écologique radical colporte, volontairement ou non, est peut-être une conséquence d’une approche moralisatrice de l’écologie. Nous avons fauté, il faut expier. La punition est donc incontournable pour obtenir une rémission. Une approche bien ancrée dans l’esprit de certains mouvements écologistes, légitime d’un certain point de vue mais souvent contre-productive dans la pratique, quand il faut convaincre des impies ou des réfractaires. Promettre le paradis est plus efficace que faire peur de l’enfer. L’envie plutôt que la punition.
1 - Voir notamment à ce sujet les articles de Stéphane Horel dans Le Monde, les 17 et 18 février 2022
Edito du 23 février 2022
https://tnova.fr/ecologie/transition-energetique/les-mots-et-les-maux-de-lecologie/
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