
Lumière extrême
Gérard Mourou
Tana Editions 2026
C’est l’histoire d’un mec… qui a reçu le prix Nobel de physique en 2018. Une autobiographie marquée du sceau de l’enthousiasme, tout d’abord, ou de l’émerveillement comme l’annonce la page 4 de couverture, sans doute fortement activé par la lumière de la Sainte-Beaume. Nous voilà d’emblée dans la lumière, elle n’est pas encore extrême, il faudra attendre quelques années. Autre bonne fée sur le berceau de Gérard Mourou, avec un nom un peu compliqué, la sérendipité. Un mot que j’ai découvert et qui exalte le rôle du hasard dans la découverte. Un mot créé à partie du titre d’un conte persan selon le Robert, et qui signifie « Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité ». Le coup de la pénicilline, découverte par hasard par Alexander Fleming, un autre prix Nobel. Emerveillement et sérendipité qui se traduisent par une curiosité et une ouverture d’esprit doublées d’un sens pratique toujours en éveil. Un bon cocktail pour le développement durable, qui doit explorer l’inconnu sans a priori, et chercher comment tirer profit des nécessaires changements. Il ne suffit pas d’observer un phénomène inattendu, il faut aussi imaginer comment ce phénomène peut nous être utile, à nous les humains.
C’est dans le laboratoire de Gérard Mourou, et par accident, que les lasers ont transformé le monde des ophtalmologistes et surtout de leurs patients atteints de cataracte. Au départ, il s’agit d’augmenter la puissance d’un rayon laser en le concentrant dans sa durée, dans l’ordre de l’infiniment petit pour atteindre une grande puissance. L’infiniment petit est ici la femtoseconde, un millionième de milliardième de seconde, 10 puissance -15 seconde. C’est un rayon de ce type qui a frappé l’œil d’un étudiant de Gérard Mourou par erreur, bien sûr, mais qui n’y a laissé aucun dégât autre qu’un minuscule point aveugle. « Le laser femtoseconde s'est révélé parfaitement adapté à la chirurgie de l'œil, car il n'a pas d'effet thermique sur les tissus environnants et offre une précision de 2 microns alors que la cornée mesure 550 microns d'épaisseur, ce qui permet des découpes ultra-minces en quelques secondes ».
Le livre de Gérard Mourou nous décrit le processus de sa recherche dans le domaine de l’optique et des lasers, avec des répercussions dans bien d’autres domaines, le nucléaire, le spatial, la santé, l’industrie. Il est entrecoupé d’intermèdes, une sorte de zoom sur un point particulier. Qu’est-ce que la lumière ? Vous apprendrez ainsi qu’il y a bien longtemps, nous pensions que c’était l’œil qui était la source de la lumière, comme une lampe torche. « Cette idée de l’œil émetteur va prévaloir jusque vers l’an 1000 ». La lumière est-elle un flux de particules ou un phénomène ondulatoire ? Quelle est sa vitesse ? Réponse dans l’intermède n°1. Les amateurs de peinture se régaleront de l’intermède n°3, sur « la peinture à l’épreuve de la lumière », avec des références notamment au « peintre de la lumière », William Turner, qui s’intéressait aux travaux du physicien Augustin Fresnel, et de bien d’autres. Les intermèdes 2 et 4 sont plus techniques, sur le laser et sur les déchets nucléaires.
Un livre débordant d’enthousiasme, un peu rude pour les non scientifiques qui y trouveront des termes dont ils n’ont pas l’habitude, mais très vivant, et qui donnera des idées à tous ceux qui ont envie d’explorer le futur.
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