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Entrer en forêt

Un an parmi les arbres
Francis Martin
Tana éditions, 2026


Comme le dit Gaspard Koënig dans la préface, Francis Martin est « un biologiste converti à la poésie ». Il nous offre une formidable leçon de choses en nous entrainant dans une sorte de poème, voire une chanson de geste biologique. Un an parmi les arbres, comme l’indique le sous-titre, permet de mettre au jour, saison après saison, la richesse des forêts et de leurs habitants. Une occasion, à chaque découverte, d’un aperçu original. Savez-vous, par exemple que le fusain, qui donne des merveilles entre les doigts de dessinateurs, est le charbon issu du fusain, arbre modeste dans nos forêts ? ou que le bois du charme est le plus dur, ce qui le prédestine notamment aux manches de pioches ?

Francis Martin nous entraine au fil des saisons dans la forêt, avec un arbre repère, un vieil hêtre dans un vallon de sa forêt lorraine. Entrer en forêt, c’est laisser s’éveiller nos cinq sens, se laisser porter par la magie d’un monde vivant et captivant. La vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût seront en éveil, et nous ouvrent la voie. Nous rencontrons les arbres, bien sûr, à commencer par le hêtre, dans leur aspect communautaire, en étroite relation avec leurs voisins, le sol et ses habitants, les champignons et tout le monde de l’infiniment petit. Celui-ci est aussi présent dans le corps des arbres, y compris au cœur de leurs troncs, le duramen, où vivent des centaines de milliards de microbes. Des « arbres monde ». Sans oublier l’arbre mort : « C’est un commencement. C’est l’un des moments les plus intenses de son existence, celui où il cesse d’être un arbre pour devenir forêt ».

Voici ensuite les fleurs de la forêt, le perce-neige, le sceau de Salomon, le pied de veau, l’aspérule odorante, la parisette à 4 feuilles, et bien d’autres en fonction des saisons. Et puis les champignons, ceux que nous mangeons et les autres, souvent microscopiques mais indispensables à la vie communautaire de la forêt. Coup de chapeau pour le cèpe de Bordeaux, avec sa « forme parfaite d’un bouchon de champagne ». Présence aussi des oiseaux qui se nourrissent d’insectes et de graines, et qui ressèment inlassablement la forêt. Zoom sur le sorbier des oiseleurs qui offrent ses baies rouge vif avant l’hiver. Et le ruisseau qui coule au fond du vallon, « serpentant au cœur des bois » et véritable « usine de transformation » des feuilles mortes et autres résidus qu’il reçoit. Absence remarquée des papillons.

Des rencontres rythmées par les saisons, et les transformations qu’elles provoquent : « un moment magique, celui des millions de vies parées à émerger, à s’exprimer. C’est le grand basculement », la fin de l’hiver. D’autres basculements arrivent par ailleurs, qui provoquent des blessures. Ce sont parfois des tempêtes, qui déracinent les arbres comme le vieil hêtre qui inspire Francis Martin, c’est aussi le compactage par les engins forestiers, qui brise l’architecture du sol forestier, que les siècles ont forgé : « Plus que les dépôts azotés atmosphériques. Plus que le réchauffement climatique. Plus que la pression du gibier. Les ornières, Les pistes, les layons écrasés par les roues les véhicules et engins forestiers ont redéfini la carte végétale de la forêt ».

Francis Martin ne désespère pas pour autant.  « Les forêts perturbées ne sont pas toujours des échecs. Ce sont des laboratoires potentiels ».

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