Climat, la piste locale
Difficile à admettre de prime abord mais de fait, nous achetons nos émissions de gaz à effet de serre avec notre argent, nos budgets familiaux, d’entrepreneurs, d’élus. Ce qui est aussi une bonne nouvelle face à la réalité climatique ; puisque chacun achète ses émissions de gaz à effet de serre avec son budget, chacun peut les réduire à la hauteur de ses moyens, en choisissant ses achats, en co-développant des solutions locales.
La bonne nouvelle ne s’arrête pas là. Réduire localement ses émissions de gaz à effet de serre crée du pouvoir d’achat, -les énergies fossiles sont extraites loin et servies à notre porte à un prix discrétionnaire -, crée du bien-être, - les pollutions fossiles s’accumulent et nous empoisonnent toujours plus, le renouvelable est la vie des quatre saisons -, crée de l’emploi près de chez soi et réduit les inégalités, - le soleil chauffe partout sur la planète, le pétrole et les minerais sont inégalement répartis -, fait monter en compétences les acteurs locaux et crée une nouvelle forme de démocratie dans l’action,- développer des projets locaux nous fait apprendre les uns-les autres, assembler des compétences, décider ensemble, au vu et au su de tous, dans le respect de chacun -.Des milliers d’acteurs locaux en ont fait la preuve.
Le moteur local est puissant, positif : Pourtant il n’est pas utilisé à la hauteur des enjeux.
Quels enjeux ? La réalité dépasse l’entendement. En moins d’un siècle, nous avons brûlé massivement les énergies fossiles de notre planète, c’est-à-dire du soleil concentré durant des millions d’années : comme 10 000 soleils. Ce qui chauffe brutalement nos 5 km d’épaisseur d’atmosphère respirable, nous enferme dans une cocotte-minute dans l’immensité de l’univers, détruit la biodiversité qui s’est développée … en 3,5 milliards d’années. Une biodiversité dont nous faisons partie et dont nous dépendons, ne serait-ce que pour nos repas quotidiens.
A force de ne rien faire à la hauteur des enjeux, nous avons déclenché les 1,5 degrés de réchauffement de l’atmosphère en 2021. Catastrophique mais maitrisable dit le GIEC.
Les signaux ont viré à l’écarlate : nous déclencherons les 2 degrés à moins de 10 ans d’ici. Irréversible dit le GIEC. 70 à 90 % de la biodiversité disparaîtra, nous avec.
Cet état de fait n’est pas le fruit du hasard, nous sommes drogués aux énergies fossiles, depuis 3 siècles.
Les énergies fossiles enlèvent de la pénibilité au travail, à la maison, dégagent du temps pour s’instruire, inventer, se distraire, augmentent confort et espérance de vie.
Nous sommes drogués mais le progrès fossile joue désormais contre notre survie, contre la vie, condition première du bien-être et de l’espérance de vie. Nous sommes le problème, nous sommes la solution.
Et pourtant nous remettons à demain ce que nous pouvons faire aujourd’hui.
Deux causes bien réelles déterminent cet état d’esprit majoritaire.
Première cause, les détenteurs de 100 000 milliards de dollars de capitalisation boursière mondiale aux ¾ fossiles bloquent les solutions écologiques, économiques et sociales, jusqu’à l’absurde. Pourtant cette richesse disparaitra comme on souffle une bougie, au premier drame climatique mondial ; les milliardaires avec.
Deuxième cause, nous sommes tous pris de vitesse : dans nos connaissances, métiers, institutions, politiques, cultures, valeurs. Même les mots nous piègent : l’environnement dit que nous sommes au centre du monde, à l’abri. Dit autrement, changer la réalité demande de changer nos représentations de la réalité.
La terre est une machine thermique, ni hostile ni bienveillante : riches, pauvres, de droite, de gauche, croyants ou athées, elle chauffe.
Pour autant, riches, pauvres, nous n’avons pas les mêmes moyens :
Notre monde est barricadé par les lobbies fossiles, les jeux de pouvoir des USA et de la Chine, haché par les inégalités. Les Cop, les politiques nationales sont nécessaires, insuffisantes.
2 milliards d’humains sur 8 émettent 80% des gaz à effet de serre, gagnent plus de 8 euros par jour, dans 200 pays. Et c’est aussi une bonne nouvelle : 2 milliards d’humains dans 200 pays, ont les connaissances, le pouvoir et l’argent pour écarter la barbarie climatique sur leurs territoires ; là est la puissance de l’action locale.
Sans mettre hors-jeu les 6 autres milliards ; à défaut de solidarité, guerres pour les ressources et migrations obligent.
Réalité : dans les 5 km d’épaisseur d’atmosphère respirable, la faim dans le monde, la fin du mois et la fin du monde sont un seul et même problème. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, riches et pauvres sont solidaires. Un compromis historique à la hauteur des enjeux est incontournable.
L’affirmation n’est pas naïve : puisque chacun achète ses émissions de gaz à effet de serre avec son budget, ce qui est indécidable à l’international est décidable au plan local. Chacun peut réduire ses émissions à la hauteur de ses moyens, seul et ensemble. Ce moteur local n’est évidemment pas donné, il s’organise.
Il ne tient qu’à nous de reprendre notre destin en main, à temps.
Penser local pour agir global, seul et ensemble.
Inverser la formule des années 80 n’est pas une fantaisie mais un moyen de changer nos représentations de la réalité pour changer la réalité : agir efficacement au plan global, demande de compter carbone au plan local. Penser tout réinventer sur chaque territoire est hors délai. Adapter et reproduire des solutions efficaces, à prise de décision locale est dans le temps qui reste. Choisir des solutions locales abouties donc faisables, acceptables, finançables, reproductibles, en mode projet, a un impact planétaire.
Ces 5 dernières années, notre association multi-acteurs Agirlocal a identifié 20 solutions qui divisent par 2 l’empreinte carbone nationale si elles sont généralisées ; et fabriqué des outils de mesure carbone pour bien décider de leur adaptation-reproduction, de la maison à la région ; pour outiller une stratégie qui tient en 4 mots, compter carbone et agir.
A la veille des municipales, nous avons construit un pack qui facilite l’accès (gratuit) à ce travail et son appropriation par les candidats aux municipales. Il propose des mesures nationales et européennes accélératrices.
Au 21 novembre une présentation a été envoyé aux 31 000 mairies et aux 971 intercommunalités qui disposent d’une boite mail ouverte aux envois en nombre. Le tout est téléchargeable en page d’accueil de www.agirlocal.org ; demander aux candidats aux municipales s’ils l’ont reçu peut aider. Nous allons poursuivre l’envoi aux autres élus, des départements à l’Europe.
Cette démarche stratégique, outillée opérationnelle, est reproductible à l’international : Les 2 milliards d’humains les plus riches peuvent bien agir partout dans le monde et nous sortir tous du cauchemar à temps.
Par où commencer ? Par convaincre dans l’action locale, déterminée, méthodique, outillée, massive, immédiate : la preuve par les actes, les mesures carbone et biodiversité à la main, affichées.
En quelque sorte, décentraliser le compromis historique riches-pauvres pour l’adosser au plus grand nombre.
Le moteur local est effectivement puissant et positif : il ne tient qu’à nous de l’utiliser à la hauteur des enjeux, à temps.
Jean-Michel Vincent
Président d’Agirlocal
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