Le climat résiste dans la tourmente
La désinformation sur le climat a été reconnue à la COP de Belém, au Brésil, pour la première fois, et apparait comme un thème de travail incontournable pour progresser. Les changements qu’impose la lutte contre le dérèglement climatique ne pourront pas se faire dans de bonnes conditions sans adhésion forte de l’opinion, et la désinformation distille le doute et mine en profondeur le consensus que cette cause devrait susciter. Désinformation porte aussi bien sur le phénomène même du dérèglement, que sur ses causes et les moyens de lutte disponibles.
Dans de nombreux pays, notamment en Europe, la prise de conscience du danger de la désinformation provoque des réactions, des condamnations en justice et la création d’organismes dédiés à la bonne information sur le climat.
En France, l’ADEME, l’agence de la transition, suit depuis l’année 2000 l’évolution de l’opinion publique sur la question climatique, et le baromètre 2025 (1) a été publié fin octobre. Un peu trop tôt, sans doute, pour refléter les effets éventuels de la poussée de la désinformation observée depuis le début de l’année (2). La première conclusion que nous pouvons en tirer est que l’opinion a bien résisté jusqu’à présent. La proportion des deux tiers des Français sensibilisés se maintient année après année.
L’environnement ne se trouve plus aux premières places dans les préoccupations des Français, le pouvoir d’achat, le dette publique (nouvel arrivant sur le podium) et la sécurité ayant pris les devants depuis la COVID et la guerre en Ukraine, mais le climat reste très présent. Le degré d’inquiétude est élevé pour 72% des personnes interrogées pour ce baromètre administré par OpinionWay, pourcentage constant quel que soit le milieu social. Si 30% pensent pouvoir s’adapter sans trop de mal, 65% craignent au contraire que les conditions de vie seront de plus en plus pénibles, notamment du fait de l’augmentation des catastrophes naturelles.
Contrairement aux idées reçues et aux tendances que semble suivre le monde politique, le recours à des mesures règlementaires n’est pas rejeté, le ¾ des Français demandant plutôt un renforcement de la réglementation. Car c’est la modification du mode de vie qui est la meilleure manière de lutter contre le réchauffement climatique. La solution par le progrès technique n’est retenue que par 14% des répondants. Il faut donc des politiques publiques pour accompagner ce changement, avec si nécessaire des mesures contraignantes ou des taxes. Les activités économiques sont également concernées, les aides publiques devant soutenir exclusivement celles qui préservent l’environnement pour 65% des personnes interrogées.
Un constat plutôt encourageant, avec deux bémols cependant : l’étude montre une stagnation, voire une tendance à la démobilisation dans les pratiques de la vie courante telles qu’elles sont déclarées. La récente montée en régime de la désinformation pourrait faire des dégâts. Et nous savons par ailleurs que les décideurs sont sensibles aux manifestations de rejet, même si elles sont manifestement minoritaires. Les atermoiements sur les énergies renouvelables, alors que plus de 80% des Français leur sont favorables, sont le fruit de l’agitation de groupes bien organisés qui n’ont aucun scrupule à diffuser de fausses informations et en font parfois un levier pour une action politique d’ordre général. Bien sûr, le changement sera parfois une épreuve, provoquera des déceptions et suscitera des protestations. Il y a eu et il y aura encore des erreurs dans la conduite du changement. Mais l’exploitation de ces faux pas pour s’accrocher à des chimères et réclamer le statu quo, le « rien faire », voire le retour vers un passé idéalisé, ne fera qu’aggraver la situation.
1 - Les représentations sociales du changement climatique
2 Voir à ce sujet l’édito du 22 octobre 2025,
Edito du 3 décembre 2025
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