Accéder au contenu principal

Coût social et finances publiques

En ces temps de débat budgétaire, au moment où la question de la dette publique monte sur le podium des préoccupations des Français, interrogeons-nous sur les coûts que doivent supporter la collectivité dans son ensemble, Etat et particuliers, en passant par les collectivités locales et les entreprises. Nous sommes légitimement inquiets de la dette de l'Etat et des déficits chroniques de ses budgets, mais il s'agit là de données purement monétaires et rapportées à une année civile. La vie réelle ne s'inscrit pas uniquement dans l'argent, même si c'est important, et ne se découpe pas en tranches annuelles, même si la fin du mois ou d'un exercice comptable peut s'avérer problématique.

Les coûts non financiers sont d'ordre divers, sanitaires, économiques, sociétaux, environnementaux, etc. et nous les regrouperons sous le terme de coûts sociaux. Ils concernent notamment le bien-être. La solitude a un coût, comme la maladie, au-delà de ce que la Sécurité sociale peut prendre en charge. Le mal vivre dans tous ses aspects, du bruit insupportable auquel certains sont soumis au stress que d'autres ressentent en allant à un travail où ils ne se sentent pas à l’aise. Le coût social du bruit par exemple, a été évaluée à plus de 150 milliards d'euros par an en France. Une partie est financière, supportée par l'Etat et la Sécurité sociale, mais aussi par les entreprises dont le personnel est fatigué dès le matin. Il faut y ajouter la souffrance et la gêne, qui n’apparaissent pas spontanément dans les comptes. Les accidents de la route représentent un coût financier pour la société, en santé, en réparation, en manque à gagner du fait de la disparition précoce de capital humain, mais aussi, et c'est tout aussi important, un coût humain, la douleur et le désarroi, la désintégration d’une famille, la chute brutale de niveau de vie, et bien d’autres drames encore. Le mal vivre se traduit aussi par des manifestations sociales. Ça peut être des grèves ou des mouvements de rue, ou encore les difficultés d'intégration pour certaines catégories de la population, qui coutent cher à la collectivité.

L'ensemble de ces coûts non financiers affecte les coûts financiers. Le moral des troupes en berne, c'est moins de dynamisme, moins d'esprit d'aventure et d'innovation, moins de prise de risque. C'est globalement une perte de productivité qui se répercute sur les résultats des entreprises et les recettes de l'Etat.

Les coûts sociaux apparaîtront souvent plus tard, mais à un prix bien supérieur à celui de leur prise en charge à la source. Il s'agit de notamment de coûts environnementaux. Ne pas polluer demande souvent un effort, mais celui exigé pour la dépollution est bien plus grand. Protéger les aires de captage de l'eau coûte bien moins cher que le traitement des eaux pour la rendre potable, et encore avec des résidus suspects si ce n’est nocifs. Nous payons aujourd'hui le traitement de terrains pollués, par des rejets d’usines ou des pesticides, il y a des dizaines d'années, voire plus. La chute de la biodiversité l’assèchement des marais, l'artificialisation des sols, y compris leur compactage par des énormes engins et l'extinction de la vie en sous-sol consécutive à l'emploi de produits phytosanitaires, relève des coûts sociaux dont toute la collectivité supporte la charge et la supportera encore plus demain. L’actualité met le projecteur sur les PFAS qui se retrouvent dans l’eau que nous buvons et le pain que nous mangeons, polluants éternels qui coûtent des fortunes à éliminer. Le réchauffement climatique représente un coût social bien lourd, migrations, pertes de fertilité des sols, catastrophes naturelles, canicules, etc., il a aussi un coût économique, si bien que les assurances ne peuvent plus prendre en charge le risque climatique.

Prendre en considération les coûts sociaux, et dépenser de l’argent pour tenter de les réduire, c’est bien sûr un investissement humain, c’est aussi une bonne affaire financière. Un double dividende, du gagnant-gagnant, qui gêne parfois les tenants des approches morales du développement durable. Comment peut-on à la fois faire du bien et gagner de l’argent ? A l’inverse, il serait permis de se réjouir de la convergence des intérêts sociaux et financiers, si les modes de prises de décisions financières prenaient en charge les coûts sociaux. C’est rarement le cas. Les lois de la finance sont trop contraintes par le court terme, et restent confinées dans les intérêts de chaque acteur, pris séparément. Elles n’intègrent pas les co-bénéfices. Il revient donc à la puissance publique d’intervenir pour rétablir une vision d’ensemble, au-delà des intérêts de chacun, et cela d’autant plus que la collectivité est financièrement concernée. Le rien faire coutera cher à l’État, même si c’est plus tard, l’action bien menée au bon moment lui fera faire, à l’inverse, des économies substantielles. Celles-ci s’ajouteront à celles dont bénéficieront les acteurs privés, alors qu’aucun pris séparément aurait pu investir pour réduire les coûts sociaux. Aujourd’hui, la comptabilité nationale ne tient pas compte des coûts sociaux, plus difficiles à quantifier et à caractériser que les mouvements financiers. Nous retrouvons là le problème du PIB, dont nous connaissons les limites mais qui a l’immense mérite de la simplicité et qui dispose du recueil des données qu’il agrège. Il est bien difficile de sortir d’une approche purement monétaire. Les entreprises sont amenées à le faire avec des rapports extra financiers. L’Etat serait bien inspiré d’en faire autant.

Édito du 10 décembre 2025

  • Vues : 327

Ajouter un Commentaire

Enregistrer