Effondrement
Effondrement, c'est le mot que je j'entends à la radio ce matin 16 décembre 2025, pour évoquer la situation démographique de la France. Pour la première fois le nombre de décès et supérieur à celui des naissances. Vent de panique dans les rangs y compris à l'Assemblée nationale. Rien ne va plus ! Comment faire pour remonter la pente et faire en sorte que notre pays reste en Europe celui qui échappe à la crise démographique ?
Les commentaires vont bon train sur la manière de rebooster la natalité - compensations financières, accueil des petits, carrière des mamans, etc. - sur un fond de fatalisme, car personne, au fond, ne croit un retournement de tendance possible du fait de toutes ces incitations. Aucun commentaire, en revanche, sur le caractère inéluctable du phénomène que nous observons. Aucune référence, notamment, à la population mondiale, et à la nécessité d'en arrêter une expansion qui ne peut être infinie. Nous sommes en pleine contradiction : La stabilisation de la population mondiale est appelée des vœux de ceux qui s’inquiètent de la crise démographique dans notre pays, alors qu’elle entraîne mécaniquement le vieillissement de la population.
Vous me direz que nous pourrions être exemptés de l'effort, puisque la natalité est déjà très faible chez nous. La question démographique ne peut trouver les réponses à l'échelle planétaire, c'est dans chaque continent ou dans chaque pays que les réponses sont à imaginer. C'est oublier que le poids écologique d'un nouveau-né n'est pas le même selon le lieu de sa naissance. Un bébé sri-lankais aura un impact sur les ressources de la planète bien inférieur à celui d'un petit européen. La recherche des grands équilibres écologiques, notamment sur les ressources de la planète et les grands cycles, carbone, azote, phosphore, etc. ne peut être faite qu’à l'échelle planétaire. Les pays industrialisés depuis des dizaines d'années, voire des siècles, ne peuvent s’exonérer d'une gestion harmonieuse de la stabilisation de la population mondiale. Et comment prescrire un traitement aux autres sans en prendre notre part ? L’accusation de néo-colonialisme n’est pas loin.
La population française vieillit, il faut en prendre son parti. Lutter contre ne peut que retarder légèrement l'échéance, et reporter l'effort d'adaptation sur nos descendants, dont une bonne partie et déjà sur terre. Merci du cadeau, un beau cadeau à la veille de Noël, pourraient-ils nous dire. Une transition démographique est en cours, elle était prévisible depuis des dizaines d’années(1), même si nous n’avons pas voulu la voir venir.
.
Au lieu de se lamenter et de refuser l'obstacle, mieux vaut se préparer au vieillissement et s’y adapter. Nous avons hérité de notre culture et de notre histoire l’idée que la population d’un pays doit s’accroître pour assurer sa puissance et sa prospérité, eh bien il va falloir changer d’imaginaire sur ce point comme sur bien d’autres, pour s’engager gaillardement dans la transition. Lutter contre, l’aborder à reculons, ne servirait qu’à faire perdre du temps alors que les phénomènes démographiques se caractérisent par l’inertie et que les réponses doivent être apportées le plus tôt possible.
L’adaptation au vieillissement n’est pas dans notre culture, et c’est là qu’il faut porter l’effort. Nous ne trouverons pas les bonnes voies de progrès tant que nous consacrerons notre énergie à retarder l’échéance. Les effets du vieillissement sont connus. Ils sont pour certains matériels, comme l’adaptation des logements et des modes de transport, ils sont financiers comme le coût des soins aux personnes âgées et de la dépendance, sans oublier l’équilibre des caisses de retraite, ils sont aussi sociétaux, comme le dynamisme de la population et sa capacité à prendre en charge les transformations du monde et toutes les transitions en cours. Les retraites, qui nous occupent tant aujourd’hui, ne sont qu’une partie du problème, qui ne peut être résolu sans une approche globale.
La transition démographie est en cours, et elle s’ajoute aux autres qui secouent le monde aujourd’hui, de la question climatique aux effets de l’intelligence artificielle. Nous pouvons le regretter, mais pas nous abstenir de la prendre à bras le corps, pour ne pas se laisser déborder et se trouver démunis face à ses conséquences. C’est une facette de la recivilisation que nous devons engager.
1 - Voir notamment ma contribution dans le journal Le Monde, 26 juillet 2026, Un vieillissement inéluctable
Edito du 17 décembre 2025
- Vues : 244

Commentaires
Merci Muriel, et très bonne année à toi aussi. Je t'inscris tout de suite sur la liste de diffusion du message d'alerte de mon blog (une mise à jour chaque semaine le mardi soir). Tu peux toujours te procurer mon livre, RECIVILISATION, qui reprend 3 ans de publications de mon blog.
Amitiés.