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Santé

Tranche

trancheNotre vie est parfois présentée en « tranches de vie ». Découpage de fait, heureux à certains égards pour préserver notre vie intime, mais obstacle sérieux à la recherche d’un équilibre général, pour nos corps comme pour nos esprits.

Tranche. Il s’agit toujours d’un morceau, parfois doré comme la coupe du papier des livres. Même nucléaire, la tranche est un morceau d’un programme plus vaste. Tranche renvoie à la partie d’un tout, pour classer une population par âge, ou déterminer le montant de vos impôts par addition de tranches. Parfois napolitaine, souvent associée au jambon ou au citron, la tranche est même un morceau de bœuf !
Nous parlerons ici de tranches de vie, une occasion de s’en payer une bonne tranche ! La tranche de vie est une approche fructueuse pour des romans ou des films. Elle pose souvent un problème quand il s’agit de la vie réelle, découpée en segments animés chacun par leur logique propre.
Notre journée est ainsi éclatée en tranches de vie indépendantes les unes des autres, personnelles, professionnelles, loisirs, plus tous les interstices pour les transports, le manger, les petits incidents de la vie et les obligations administratives. Notre semaine, notre année sont découpées en jours d’activité et de congé, notre vie en périodes d’apprentissage, de production et de retraite. Autant de cases commodes pour les statisticiens, les sociologues et les administrations, et surtout pour un esprit cartésien, mais qui ignorent l’existence de l’être humain, unique, corps et esprit, qui doit intégrer toutes les exigences de chacune d’entre elles.
La santé, par exemple. Elle est prise en compte dans la vie personnelle et au travail. Deux médecines complémentaires, qui ne dialoguent guère. Des écrans sont d’ailleurs prévus entre elles, de manière à protéger la vie personnelle. Initiative heureuse, pour lutter contre l’effet « big brother », mais qui en définitive ne permet pas une vue d’ensemble du patient. Notre corps accumule les agressions et les pressions extérieures tout au long de la journée, 7 jours sur 7. Dans le logement, bien ou mal isolé, bruyant ou non, surpeuplé ou non, bien aéré ou non, etc., puis dans les transports pour aller au travail. Stress sur leur régularité, la peur de louper le train, puis le bruit et les virus qui circulent avec les passagers. Quand vous arrivez sur votre lieu de travail, vous avez déjà consommé une bonne part de votre capital « forme » de la journée. Capital qui continue à fondre jusqu’au soir, en fonction de la qualité des locaux (ou de l’exposition aux intempéries), la nature de l’activité (de l’absence de mobilité à l’effort physique permanent). Et puis le soir, c’est rebelotte, transports etc. et à l’arrivée, d’éventuels soucis domestiques ou familiaux. Ajoutez-y la qualité de l’alimentation. Trop rapide au cours de la pause déjeuner, équilibre nutritionnel à revoir dans bien des cas. C’est une vision intégrée de toutes ces expositions qui serait bien utile pour prendre en charge la santé. Le médecin généraliste s’y emploie, mais il lui manque le plus souvent une bonne partie des éléments. Une branche récente de la médecine a vu le jour sous le nom d’exposome, pour mieux comprendre les effets de l’accumulation des expositions à des facteurs externes tout au long de la vie.
Le cas de la santé n’est pas le seul. Nous pourrions évoquer la vie sociale, si importante pour notre équilibre mental, l’accumulation de nos expériences vécues. L’approche « tranches de vie » découpe aussi bien les épreuves que nous devons supporter que les plaisirs auxquels nous aspirons. Une bonne chose parfois, pour sauvegarder différentes facettes de nos vies, une mauvaise également dans la recherche d’un équilibre général.
La relation entre ces tranches a varié au cours des âges. Il n’y a pas si longtemps, le métier se confondait avec un statut, un état. Le boulanger, l’artisan, le paysan, l’ouvrier, le notaire ou le médecin l’étaient 24 heures sur 24. Vie personnelle et vie professionnelle étaient fortement corrélées. Le métier et le logement, par exemple, étaient fournis par le même patron, qui retrouvait aussi ses ouvriers à la messe le dimanche. Le contrôle social qui en résultait n’était pas supportable, il a fallu casser ces ensembles trop contraignants. Aujourd’hui, c’est le téléphone portable et Internet qui mettent en péril la nécessaire coupure entre tranches de vie. Le télétravail en est une parfaite illustration, mais le phénomène est plus ancien. Les sphères personnelles et professionnelles se recoupent de plus en plus, au risque de réduire les espaces et les moments de détente, et de provoquer des crises et des burnout.
Nous sommes confrontés à la contradiction entre d’un coté le besoin de prendre en compte les individus dans leur intégralité, toutes tranches de vie confondues, et de l’autre, de protéger l’intimité et la vie privée de chacun.
La solution traditionnelle se trouve en partie dans des règlements et autres conventions collectives, mais, outre les difficultés d’application qui se manifesteront, elles ne couvrent pas tout le champ de nos vies, pas toutes les tranches.
Une solution plus « durable » serait d’assurer la qualité de vie dans chacune des tranches. A la maison, au travail, dans les transports, etc. L’équilibre doit être recherché, pour l’essentiel, dans tous les aspects de nos activités, notamment dans les moments « fonctionnels », comme les transports, souvent négligés. Les deux heures de trajets que nombreux d’entre nous doivent faire chaque jour, 600 heures par an, ne peuvent pas être considérées comme des parenthèses, elles font partie intégrante de la vie. Elles doivent nous apporter leur part de bonheur.
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