Skip to main content

Maison

Simplicité

Pas de développement durable sans large adhésion de tous. Comment diffuser une culture environnementale, rendre « naturels » une attitude et un comportement bons à la fois pour les humains et pour la planète ? En respectant une exigence : la simplicité.


Prenez un logement très performant. Il offre un maximum de confort, belle lumière, calme, pas trop chaud l’été, pas trop froid l’hiver, pas la moindre trace de fibre ou de COV dans l’air, lequel est renouvelé comme il faut, et tout ce dont vous pourriez rêver. Le tout en consommant très peu d’énergie, très peu d’eau, et en vos offrant le volume pour toutes les poubelles que vous voudrez, pour trier les déchets. L’idéal, haute qualité environnementale plus plus plus.

Rendez-vous 10 ans plus tard, dans quel état est-il, combien consomme-t-il, donne-t-il toujours satisfaction ? C’est que le meilleur logement du monde, une fois dans vos mains, ne dépend plus que de vous. Le promoteur, l’architecte et les bureaux d’étude, les entreprises qui édifient le bâtiment, les industriels qui ont conçu les équipements, ils ont pu tous s’accorder pour faire au mieux, mais c’est à vous qu’ils passent le relai quand vous y emménagez. A vous de profiter pleinement des qualités offertes, de les faire vivre, de les faire durer et même de les améliorer au fil des années.

Ce relai est un point sensible. Le meilleur bâtiment du monde peut se retrouver en bas du classement pour ses performances s’il est mal utilisé, s’il n’est pas entretenu. Le « maître d’usage », l’habitant, et/ou le propriétaire s’il n’est pas l’habitant, prennent la responsabilité d’en faire valoir les « talents ». Le maître d’usage n’est pas un professionnel, il a bien d’autres soucis que de veiller à la bonne marche de son logement. Il ne réagit souvent qu’en cas de problème immédiatement perceptible, fuite d’eau, bruit anormal, température trop forte ou trop basse, facture d’électricité anormalement élevée. Maintenance ? il n’y pense même pas.

Ça commence souvent très mal. Avec les meubles, par exemple. De beaux meubles tout neufs, emballés sous cellophane, qui se feront un plaisir de larguer dans l’air intérieur une bonne quantité de gaz indésirables dès qu’ils seront déballés. Il y a ensuite les produits ménagers, qui dégagent également des vapeurs toxiques si les bouchons sont mal fermés. Il y a les ventilations qui produisent des courants d’air désagréables, et que vous aurez vite fait de calfeutrer. Voilà pour la qualité de l’air intérieur, dans le cas où vous ne fumerez que dehors. A quoi bon avoir fait tous ces efforts dans la conception et la construction de ce logement, si c’est pour en arriver là !

Il serait fastidieux de faire le tour des domaines où l’usage peut compromettre la bonne tenue d’un ouvrage, du genre ouvrir les fenêtres plutôt que régler le chauffage, laisser les acariens envahir vos tapis, ou mettre tous vos déchets dans le même panier. La conclusion de cette petite aventure d’un logement modèle est que ledit logement doit être approprié par ses occupants. Une condition pour cela : la simplicité. Bien sûr, un immeuble de bureau géré par des professionnels pourra être sophistiqué, et les performances obtenues avec beaucoup d’équipements ultramodernes, mais ce n’est pas le cas pour le logement, où la simplicité, la rusticité, même, dans certains cas, doit être la règle. Le terme le bâtiment durable n’a pas de sens en soi, c’est le mode de vie de ses habitants qui doit être durable. Les premières ZAC HQE ont été riches en enseignements sur ce point. Les performances attendues n’étaient pas au rendez-vous. Il a fallu une animation auprès des premiers occupants pour leur faire comprendre le fonctionnement de leur logement, et alors seulement les résultats ont été à la hauteur des espérances.

La simplicité est donc la vertu cardinale d’un bon logement, pour que le relai entre la phase de réalisation et celle de l’utilisation se passe bien. La simplicité d’usage. La technicité nécessaire pour obtenir les performances correspondant aux objectifs climatiques, par exemple, doit être intégrée au projet de manière à ne plus apparaître quand il est livré. Le comportement des usagers doit être spontanément favorable, au prix éventuellement d’une rapide explication. Cette exigence de simplicité porte donc essentiellement sur la conception et la réalisation, phases où la technicité doit se déployer pleinement pour rendre commode, et même évident, un usage « durable » d’un logement, un des poids lourds de notre empreinte écologique.

La plupart d’entre nous souhaitent participer à l’amélioration de l’environnement, qu’il soit notre quotidien ou qu’il soit celui des générations futures. Mais la vie est complexe par nature, les connaissances évoluent, et les « bons choix » ne sont pas toujours ceux que l’on pense, les bons comportements ne sont pas toujours faciles à adopter. Il est du devoir des professionnels, des spécialistes, des régulateurs et autres normalisateurs de rendre l’écologie facile, de la mettre à portée de main de chacun. C’est ainsi qu’émergera une culture du développement durable, comprise de tous et largement partagée.

Photo : Katerina Pavlyuchkova / Unsplash

  • Vues : 682

Ajouter un Commentaire

Enregistrer