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Gouvernance

Inconnu

La prise de conscience de la finitude du monde nous conduit à chercher de nouveaux modèles de développement. C’est un pas vers l’inconnu, qui suscite bien sûr des inquiétudes légitimes. Comment les intégrer sans perdre de vue la nécessité de changer ?

Le nouveau monde est à construire. Il n'existe pas tout fait, tout nouveau tout beau, il n'y a pas de modèle imposé ni de référence unique. La seule certitude et que la poursuite du monde tel qu'il existe aujourd'hui conduit à sa perte. C’est la conséquence du constat de la finitude du monde, que nous avons souvent du mal à accepter. Choisissons donc entre deux possibilités, subir l'inévitable changement, où tenter de le piloter, de l'orienter pour le bonheur des humains et la prospérité de la planète. C'est ce deuxième choix que l'on appelle développement durable, un choix ouvert où rien n'est décidé d'avance. C’est à nous qu'il revient de prendre les bonnes décisions pour obtenir ce résultat.

Le développement durable comporte donc une bonne part d'inconnu. Pas étonnant quand il s'agit de changer de boussole, de systèmes de référence, de mode de penser. C’est la fin du « croissez et multiplier », il faut lui substituer un autre principe ou plutôt d'autres principes qui conduiront chacun à des modes de développement différents, la seule obligation étant de rester dans les limites de la planète. Le monde de demain n’est pas écrit.
Les inconnues (vous aurez noté que l'inconnu se féminise au pluriel) sont multiples. Une inquiétude pour certains, une chance d’autres qui veulent imprimer leur marque. Sûrement une aventure, une nouvelle étape de l’aventure humaine, avec son lot de dangers, de défis à relever. Le succès de la transition, puisque c’est ainsi que ces changements profonds sont désignés, dépend de nombreux facteurs, d’ordre technique, humain, sociétaux, dont l’évolution est rapide et incertaine. Innovations technologiques, acceptabilité sociale du changement, effets collatéraux imprévus, force des inerties (culturelles, administratives et politiques, économiques, sociales, etc.), nous pouvons dresser la liste des surprises, bonnes ou mauvaises, que nous découvrirons chemin faisant. Le développement durable est une prise de risque.
Le fil de l’eau, le rien-faire, est le risque le plus grand, et il a un avantage formidable sur les autres : il ne se décide pas, il advient tout seul. Il est le fruit de l’indécision, de débats qui ne se concluent pas, de confrontations stériles, de l’immobilisme. A l’inverse, le développement durable, il faut le vouloir, en donner envie, et prendre des décisions qui apparaitront évidemment comme un risque. Un risque visible, à l’inverse du risque invisible de l’inaction, dont les effets se font sentir plus tard, parfois trop tard. Des phénomènes spectaculaires et les crises peuvent stimuler le besoin de changer, mais le changement est alors tardif, à chaud, douloureux et plus difficile à piloter.
Le changement, avec sa part d’inconnu, se heurte aux intérêts en place, aux acteurs dominants qui se sentent menacés, et craignent que le nouvel équilibre ne vienne dégrader leur position. Il rencontre aussi la peur des « petits », des plus modestes, toujours soucieux de protéger leurs rares acquis, et dont la situation précaire n’incite pas à la prise de risque. Pour tous, l’idée même de sortir de sa zone de confort suscite une réticence. Nous savons par ailleurs que le développement durable ne s’imposera pas d’en haut, qu’il ne sera « durable » au sens premier du mot que s’il est approprié par le plus grand nombre, que chacun y adhérera, et aura le sentiment d’avoir participé à son avènement. Il faut surmonter la peur de l’inconnu, rassurer et donner envie d’entrer dans le monde de demain.
L’acceptations de la prise de risque, l’esprit d’entrepreneur, doivent trouver une place grandissante dans notre société. Une forme d’assurance pour garantir aux volontaires un filet de sécurité en cas d’échec, et leur donner de nouvelles chances. Attention toutefois. Tous les risques ne sont pas bons à prendre, et cette protection doit être encadrée pour éviter des « dommages graves et irréversibles », comme le dit la Constitution. Le principe de précaution est un élément structurant d’une culture du risque, contrairement aux idées reçues. Le goût du risque ne doit pas faire oublier la sagesse.
L’exemplarité est une manière de faire. Montrer que les effets bénéfiques du changement, et pour cela privilégier, au début, les initiatives dont les effets sont rapides, pour créer un effet d’entraînement. Démystifier les innovations techniques ou sociétales, donner du crédit à des organisations décalées, voire disruptives. La contagion est aussi une bonne piste, à condition de trouver les bons vecteurs, des « influenceurs » d’un nouveau type. « Faire avec, le plus possible, contre le moins possible », comme le conseille le paysagiste gilles Clément.
Pour conclure avec un exemple polémique, citons les éoliennes. Souvent décriées, elles sont dites mal aimées de Français. La réalité est toute autre. 73% « ont une idée favorable » des éoliennes, et ce pourcentage augmente chez les riverains (à moins de 10 km d’un parc éolien), pour atteindre 80% (1). Dans les régions où il y a le plus d’éoliennes, les Hauts de France et le Grand Est, l’image des éoliennes est légèrement plus positive qu’en moyenne nationale. Permettre de juger soi-même, donner à voir des petits bouts de développement durable, voilà une manière de calmer les inquiétudes et donner envie d’aller plus loin.


1 - Sondage Harris Interactive pour l’ADEME, juillet-août 2021

Photo :  Amber Kipp / Unsplash

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