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Gouvernance

Désarroi

La France revendique un statut de grande puissance. Un siège au Conseil de sécurité de l'ONU, la possession de l'arme atomique, la 5e langue au monde, parlée par 321 millions de francophones, une histoire glorieuse et un passé prestigieux, de nombreuses personnalités scientifiques, philosophiques ou littéraires notamment qui ont marqué le monde. Cette France habite nos esprits, mais la réalité semble bien différente. 1% de la population mondiale, une société vieillissante, une économie de plus en plus dépendante, des déficits chroniques, et la forte concurrence de nombreux pays qui veulent, eux aussi, s’assoir à la table des grands.

Deux visions, dont le choc provoque un grand désarroi, et inévitablement une certaine angoisse. Ce n’est pas le seul choc qui nous bouscule, il y en a bien d’autres, qui concernent le monde entier et pourraient marquer un tournant dans l’histoire de l’humanité. Nous avons vu comment en quelques années la fortune est passée des mains des géants de l’industrie à ceux de la communication, comment les nouvelles technologies ont bouleversé l’économie et nos modes de production. Nous avons vécu la société d’abondance des 30 glorieuses, qui nous ont fait oublier les limites de la planète et rêver d’en conquérir de nouvelles. Nous observons chaque jour le rééquilibrage géopolitique en cours. Une évolution de plus en plus rapide, que nous craignons de ne plus maitriser, sauf à parier sur l’homme augmenté ou d’autres artifices. De plus en plus d’entre nous ne savent plus où se situer, ni comment reprendre prise sur leur propre destinée.

C’est Paul Valéry qui nous l’a dit au lendemain de la Grande Guerre, en 1919, « nos civilisations sont mortelles ». Les exemples sont nombreux de cette mortalité, mais aussi de résilience, de coup de rein qui ont permis à certaines d’entre elles de surmonter les épreuves. Dans son livre de référence « Effondrement (1) », Jared Diamond nous décrit « comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ». L’évolution rapide du monde et l’incapacité de nos esprits à intégrer le nouveau paysage social provoque le désarroi. Le mot de décivilisation est évoqué. Nos repères s’estompent, les valeurs sures s’effondrent. « L’immobilisme en marche » observé par Edgar Faure nous conduit dans des impasses dont il sera de plus en plus difficile de s’extraire.

Pour casser cette fatalité, pour « décider notre survie », l’erreur nous guette. Elle revêt plusieurs aspects. L’une serait de s’attacher au monde d’hier, et de tenter à tout prix de le prolonger, comme les conservateurs le voudraient. La force du courant nous emporterait irrémédiablement. Une autre serait de croire au miracle, une solution, une invention ou encore un évènement qui changerait tout et nous remettrait aux premiers rangs des nations. La tentation est forte, également, de rivaliser avec les puissances montantes, asiatiques notamment, sur la base de notre expérience industrielle, reçue en héritage de l’avance historique de l’Europe dans ce domaine, mais à revoir totalement sous l’angle des nouvelles technologies. Ne pas lutter en se positionnant sur le terrain de l’adversaire.

C’est en innovant, en imaginant et créant de nouveaux modes de vie, adaptés aux limites de la planète et aux besoins des humains du XXIe siècle, que nous surmonterons le désarroi, et assurerons la survie de nos sociétés comme Jared Diamond nous y invite. En réponse à la décivilisation, voici la recivilisation. Une nouvelle page de l’histoire de l’humanité, qu’il nous revient d’écrire, avec la richesse de notre culture projetée dans le monde d’aujourd’hui. Le progrès tel que nous l’avons connu n’est plus le bon, mais il en existe d’autres, qu’il nous faut découvrir et mettre en œuvre. Un progrès économe en ressources matérielles, et fondé sur les ressources humaines, le talent, la formation, la recherche de la qualité à la place de la quantité. « Il y aura l’âge des choses légères » nous annonçait Thierry Kazazian (2) en 2003. La civilisation de l’immatériel est à inventer, une nouvelle étoile de Sirius pour donner du sens à la marche de l’humanité. Au-delà du désarroi.

1 - Effondrement, Gallimard et 2006 pour l’édition française
2 - Il y aura l’âge des choses légères – Design et développement durable au quotidien, sous la direction de Thierry Kazazian, Victoires Edition, 2003
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