Skip to main content

Culture, valeurs

Presse

Le changement si nécessaire pour que le développement humain soit « durable », dans tous les sens du terme, ne peut être obtenu sans que la société en ait envie. On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, on n’impose pas un modèle de société à une population qui n’en veut pas.

C’est donc une action sur les esprits qu’il faut entreprendre pour espérer ce fameux changement. Proposer un modèle social attractif, où chacun puisse se positionner et formuler ses ambitions personnelles.

Le modèle social dominant aujourd’hui, à base d’accumulation de richesses matérielles, lie fortement croissance économique et prélèvement de ressources. Les moralisateurs ont tôt fait de fustiger les consommations les plus pénalisantes, comme les voyages en avion ou l’alimentation à base de viande rouge. Faut-il montrer du doigt les mauvais élèves, ceux que beaucoup voudraient bien imiter, et qu’ils imiteraient sans souci s’ils en avaient les moyens ? Rien n’assure que les modèles dominants disparaîtraient, tant qu’un autre ne viendrait s’y substituer, un « autre » qu’il nous faut inventer collectivement.

C’est une évolution culturelle qu’il faut faire émerger et cultiver, et il serait bien hasardeux de la rechercher dans le rejet de ce que nous pouvons nous offrir. La Fontaine nous l’a bien expliqué dans sa fable Le renard et les raisins : « Ils sont trop verts et bons pour les goujats ». Ce n’est pas comme ça que se forge une adhésion solide à de nouveaux modèles, une adhésion qui résistera aux épreuves qui ne manqueront pas d’apparaître.

C’est l’évolution de notre univers culturel, celui où chacun trouve ses repères pour se positionner dans la société et ses références de comportement, qui conduira à l’émergence de ces nouveaux modèles. Cet univers est modelé par une multitude de messages perçus dès la petite enfance, dans la famille, l’école, les relations de toutes natures que nous entretenons, et bien sûr les médias, la télévision, la radio, les journaux, les réseaux sociaux. La presse n’a pas le monopole de la constitution de ce paysage, mais elle y tient un rôle important. Accompagne-telle la transition qu’il nous faut engager, la favorise-t-elle, ou bien la freine-t-elle ? Par nature, elle reflète les débats en cours dans la société, mais au-delà de ces attachements d’ordre politique sa première mission est de nous informer, notamment sur les enjeux environnementaux.

Mis à part quelques médias spécialisés, la presse a largement ignoré les questions environnementales. Celles-ci tiennent la Une le jours où survient une catastrophe ou un scandale, et sont vite remisées le lendemain sans réel approfondissement, sauf à dénoncer des coupables. Il ne s’est pas constitué une véritable culture de l’environnement au sein des rédactions, en dehors de quelques spécialistes dont il faut saluer l’engagement.

La situation est en train d’évoluer, surtout depuis la montée en puissance du climat et de la prise de conscience des effets sur la santé humaine de la dégradation de l’environnement. Certains découvrent, il était temps, que si nous nous préoccupons de l’environnement, c’est parce que c’est notre milieu de vie, à nous les humains, et qu’il est à l’origine de toutes nos ressources, en premier lieu l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons.

Dans un rapport  publié en juin 2023, le Collectif Pour un réveil écologique  tente d’apporter une réponse à la question : La transition écologique a-t-elle bonne presse dans les médias ? Les réponses de 14 grands organes de presse, journaux, radio et télévision (sur 40 interrogés), éclairent l’évolution récente. « Les médias qui nous ont répondu considèrent à l’unanimité qu’un de leurs objectifs est de contribuer à l’émergence d’une société écologiquement soutenable. Pourtant, la première grande conclusion de ce rapport traduit l’insuffisante prise en compte des enjeux écologiques dans le traitement de l’actualité pour une part importante des médias ayant répondu ». Quelques points positifs cependant, un début d’amélioration sur la formation de journalistes, la nomination d’un responsables environnement dans les rubriques, augmentation du volume rédactionnel consacré à l’environnement. Le constat le plus décevant concerne la presse comme support publicitaire : « A ce jour, aucun média ne quantifie ni ne limite l’accès à ses espaces publicitaires aux produits et services écologiquement insoutenables ». Il serait globalement bien présomptueux de considérer la grande presse comme un véritable soutien à la transition, malgré leurs déclarations.

Il faut compléter ce panorama avec d’autres formes de presse : la presse spécialisée « environnement », qui touche essentiellement les convaincus, la presse de la vie quotidienne, bricolage, jardinage, famille, consommation, sports, culture, etc. la presse féminine, et la presse professionnelle : autant de vecteurs de messages « en situation », peut-être les plus performants. L’enquête reste à faire, mais si la presse veut sincèrement « contribuer a? l’émergence d’une société écologiquement soutenable » et accompagner le changement, un « réveil écologique » serait bienvenu !

  • Vues : 211

Ajouter un Commentaire

Enregistrer