Ville et Campagne

Stade

Depuis les JO de Sidney de l'été 2000, il est reconnu que le sport doit intégrer le développement durable, notamment dans ses installations. Qu’est-ce qu’un stade durable ?

Déjà, l’Euro 2008, en Suisse et en Autriche, avait permis d’illustrer ce que peut être un stade à l’aune du développement durable. L’organisation par la France d’une prochaine édition de la compétition remet en lumière cette nouvelle vision.

Elle nous offre une opportunité de montrer ce dont nous sommes capables, frustrés que nous sommes de ne pas avoir pu le faire pour les JO qui ont préféré Londres à Paris.
Les stades traditionnels sont des équipements exclusivement sportifs, sortes de constructions hors normes urbaines, installés en dehors des Villes, loin des habitations. Une seule activité, une rentabilité difficile à assurer sans apport important de fonds publics. Peu de transports en commun, des no man’s land. Description un peu sommaire et sans doute excessive, et les contre-exemples seront les bienvenus. Pas très durable quand même…
Petit à petit, le contexte a évolué. On s’est aperçu que l’on pouvait y organiser d’autres types de manifestation. La ville s’est étendue, venant au contact des stades. Comme pour les usines, l’extension urbaine absorbe les équipements que l’on avait soigneusement éloignés. Les débordements des supporters ne sont plus en champ ouvert et loin de tout, mais dans la ville.
On a alors conçu des stades polyvalents, comme le stade de France, qui accepte que l’on « y mette le feu », et on a veillé aux liaisons de transports en commun. Plus encore, le stade de France et les installations olympiques, si la candidature de Paris avait été retenue, sont des précurseurs ou des amplificateurs de développement urbain.
Pendant des années, les stades ont été éloignés des centres urbains, comme les hôpitaux et les universités, voire les grands commerces. Aujourd’hui, ils y reviennent, ou deviennent les points d’appui d’extensions que l’on souhaite aussi intégrées à la ville que possible.
Les stades de l’Euro 2008, décrits avec beaucoup d’à propos dans le Moniteur expert au printemps 2008, ont été encore plus loin. Leurs fonctions urbaines étaient fortement accentuées. Ils accueillaient des commerces, des Ecole, des maisons de retraite, etc. C’étaient des morceaux de ville, avec une recherche de diversité et de complémentarité de fonctions. Ajoutez-y une touche d’écologie, avec un traitement exemplaire des eaux, et la création de centrales solaires sur les toits, et vous avez une approche de ce que peuvent être les grands équipements dans les villes, au 21e siècle.
Les gares aussi ont évolué. Malgré leur errance trop fréquente dans les champs de betteraves, la conception de celles de centre ville a suivi une route similaire aux stades. Adieu l’exclusivité ferroviaire, bonjour les commerces, les bureaux, les loisirs. Des gares ouvertes sur la ville, et non des corps étrangers, avec leur logique propre comme seul moteur.

 Les hypermarchés s’interrogent également sur leur avenir. Ne parlons pas du simple ajout de capteurs photovoltaïques sur les toits des parkings. Profitons de ces surfaces pour y produire de l’électricité non polluante, bien sûr, mais le développement durable ne peut s’en contenter. Si on reste sur le seul volet énergétique, il ne sert à rien de produire si on ne commence pas par économiser, et il y a beaucoup à faire dans les magasins (froid, lumière, etc.). Mais c’est tout le concept, l’origine des marchandises et leur mode de distribution qui doit être examiné, bien au-delà des éléments de toiture. Le débat est ouvert sur le concept d’hypermarché durable !

Revenons aux stades : nous allons en construire ou en moderniser une dizaine pour l’Euro 2016. Certains projets sont bien avancés, et certaines villes, comme Lille ou Lyon y pensent depuis longtemps. Irons-nous sur la trace de nos amis Suisses et Autrichiens, en poussant les curseurs un peu plus loin pour incorporer les connaissances acquises entre temps et les nouvelles exigences de la société ? Ou restons-nous sur les projets plus classiques, sans fonctions urbaines nouvelles, et se contentant juste de bien traiter un cahier des charges essentiellement sportif ?

Les prestations de l’équipe de France de football et les polémiques sur la Sélection ont pu réduire par moments la popularité de ce sport, ou l'accentuer comme aujourd'hui, avec l'Euro 2016. Quoi qu'il en soit, les manifestations sportives produisent de l’émotion, de l’intensité de vie et des relations sociales. Les équipements sportifs ne sont pas anodins, ils doivent répondre à des exigences multiples, d’efficacité sportive, d’environnement, mais aussi d’insertion sociale et urbaine. Voilà un challenge au moins aussi exaltant que la qualification de l’équipe de France !


Chronique publiée dans le moniblog le 6 sept 2010, revue le 9 mai 2011 et juillet 2016. En attendant la prochaine grande manifestation !

Mots-clés: ville, sport, HQE, intensité

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