Travail et Emploi

Répartition

Un mot magique : il fait l’unanimité. Tout le monde veut sauver le régime de retraites par répartition. Il reste à savoir ce que l’on répartit, et entre qui. Il y a des années, Alfred Sauvy rappelait que la répartition s’impose du simple fait que les Richesses distribuées une année ont été produites, pour l’essentiel, la même année. Capitalisation et répartition sont des modalités pour déterminer ce dont chacun disposera, mais sur le fond, il s’agit toujours de répartir des richesses produites à une époque donnée.



La quantité de richesses produites dépend de nombreux paramètres, notamment le taux d’activité, des hommes, des femmes, des jeunes et des vieux, mais aussi d’une organisation générale de l’économie, de l’intéressement des différents facteurs de production, de Progrès techniques, etc. Globalement, la Productivité du Travail en France est bonne, elle s’accroît régulièrement, et plus vite que la proportion de personnes âgées. Elle augmenterait encore plus vite si le chômage pesait moins lourd : nous avons de bonnes réserves de productivité qu’il serait possible de mobiliser en cas de pénurie côté production. La question lancinante est celle de la répartition.
Le cas de la solidarité avec les vieux éclaire le débat. Un jour de travail pour eux, voilà la solution proposée par le gouvernement. Le lundi de Pentecôte (au départ, avec les cafouillages que l’on a connu ensuite) a ainsi été sacrifié sur l’autel de l’amour des anciens et de la reconnaissance que nous leur devons. A défaut, le budget nécessaire aurait du être dégagé sur le budget général de la nation. Ce sont tous les facteurs de production qui auraient été sollicités, avec toutes les formes de fiscalité, Impôt sur le revenu, sur les sociétés, TVA (payée également sur les produits importés), etc. L’appel à la solidarité a donc un effet marquant, celui de transférer la charge de l’ensemble de l’économie aux seuls salariés. Il s’agit donc d’une solidarité bien ciblée, il y a manifestement des personnes plus solidaires que d’autres.
Transposons à la retraite. La répartition, oui, mais des seuls actifs vers les retraités. Telle est la règle aujourd’hui. La cotisation patronale entre dans le coût d’un Emploi, elle est donc payée in fine par l’emploi, ne nous faisons pas d’illusion. Seuls les régimes de fonctionnaires échappent à cette règle. Pour eux, c’est bien le budget de l’Etat qui est mis à contribution. L’éclatement des régimes en de nombreuses formules, régime général, des fonctionnaires, des cheminots, des mineurs, des agents de telle ou telle entreprise publique, des agriculteurs, des professions libérales, des artisans, j’en passe surement et des meilleures, est souvent dénoncé. Les inégalités de traitement sont évidentes, et rarement justifiées. Ce ne sont que des Restes d’une histoire sociale mouvementée, bien loin des réalités d’aujourd’hui. Les Pyramides des âges étant ce qu’elles sont, en particulier pour des professions en rapide diminution d’effectifs, les équilibres sectoriels sont impossibles. La solidarité est donc de mise.
Pourquoi donc borner cette solidarité aux seuls travailleurs, qu’ils soient salariés ou non ? L’évolution de notre population, son vieillissement, montre que l’on ne trouvera pas l’équilibre en restant dans ce cadre. Il faut en sortir, au lieu de s’acharner à changer tel ou tel réglage, âge de départ ou nombre d’années de cotisation, taux de cotisation. En alourdissant la charge sur le travail, on ne fait qu’augmenter son Prix et on grève ainsi un facteur de production. C’est une incitation à la réduction du nombre de salariés, au profit d’une mécanisation ou d’une informatisation non soumise à prélèvement vieillesse. On ne fait qu’accentuer le problème. C’est comme le chômage. Moins il y a de cotisants et plus il y a de bénéficiaires, c’est la boucle infernale, le cercle vicieux. La réponse apportée au problème ne fait que l’accentuer globalement. Ce n’est pas durable, et la recherche d’autres solutions est nécessaire. On peut estimer qu’un niveau de chômage est incontournable, lié à la mobilité ordinaire et aux besoins continus d’adaptation, et que ce chômage doit être financé sur l’emploi lui-même. Au-delà, c’est le fonctionnement général de l’économie qui est en cause. Ne faire peser les indemnités de chômage que sur l’emploi ne fait qu’en renchérir le coût et accentuer le problème. Les bonnes réponses sont ailleurs. La récente réforme de la Taxe professionnelle illustre d’ailleurs ce besoin d’élargir la base de la contribution.
Le développement durable passe par la recherche de solutions originales. Ce n’est pas en restant confinés dans d’anciens modes de pensée, dans des schémas mentaux datés d’une autre époque, que l’on trouvera des solutions. L’affaire des retraites est un exemple de la difficulté à sortir des cadres habituels. Le problème n’est pas dû à une mauvaise Conjoncture, il est plus profond, et les solutions durables sont à trouver ailleurs. Cette recherche est évidemment à risques, il y aura des fausses bonnes idées et des échecs, mais le Risque maximum est de ne rien changer que quelques paramètres, alors que le Système entier est à revoir. La bonne répartition est comme la bonne gouvernance, tout le monde doit y participer.

Chronique mise en ligne le 22 février

 

 

Mots-clés: PIB, Chômage, avenir, progrès

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