La force des émotions

La sensibilité est le moteur de l’intelligence, disait Paul Valéry. A condition de ne pas se laisser submerger par les émotions. La sensibilité nous dit vers quoi il faut tendre, l’objectif à atteindre, mais n’attendons pas d’elle qu’elle nous dise comment faire, quel chemin explorer pour y parvenir. C’est justement là que l’intelligence doit prendre le relai.

Haro sur le développement durable

Il est de bon ton, dans certains milieux, de brocarder le terme « développement durable ». Il est vrai qu’il est mis à toutes les sauces, et détourné de son sens, avec parfois un certain cynisme. Faut-il pour autant le rejeter en lui reprochant les mauvais usages qui en sont faits, ou les ambiguïtés qu’il comporte ?
Une première remarque, d’ordre général. Il s’agit de trouver une appellation pour désigner un concept nouveau, riche, complexe et évolutif en fonction des expériences accumulées.

De la coupe aux lèvres

« Il arrive après tout que les comportements des gens contredisent les croyances, les idéaux et les valeurs qu’ils professent », nous dit J. Baird Callicot(1). Il y a loin de la coupe aux lèvres. Les sondages nous répètent régulièrement que le réchauffement climatique est au cœur des préoccupations des Français. Leur comportement en est-il a traduction ? Il est permis d’en douter quand on voit notre empreinte carbone. Celle-ci s’améliore lentement si elle est calculée à partir de notre production, mais elle régresse plutôt, Covid mis à part, côté consommation. Le carbone émis en Chine ou en Inde pour satisfaire notre mode de vie doit en effet être enregistré à notre débit, plus qu’à celui des chinois ou des indiens dont le niveau de vie et de consommation est globalement bien moins élevé que le nôtre.

Environnement et production, même combat

La mode est aux débats, grands de préférence, et aux états généraux. La négociation sur la politique agricole commune (PAC) a été préparée par un débat public appelé ImPACtons ! , qui a produit 1083 propositions de citoyens, sous l’égide de la Commission nationale du débat public, dont c’est le métier et qui sait rester neutre sur le fond. Une grande qualité qui tranche avec d’autres débats, et donne aux conclusions une forte légitimité. Une des grandes orientations retenues par le Gouvernement est « le renforcement de l’ambition environnementale de la PAC ». Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer que le rôle principal de la PAC est d’ordre économique. Comme si les deux préoccupations n’étaient pas de même nature !

L’avion, l’aménagement du territoire et le climat

Les avions seront interdits pour relier des villes qui pourraient l’être en moins de deux heurs et demi par d’autres moyens, notamment le train. Tel est aujourd’hui la transposition dans le projet de loi « Climat et résilience » de la proposition de la convention citoyenne pour le climat : « Organiser progressivement la fin du trafic aérien sur les vols intérieurs d’ici 2025, uniquement sur les lignes où il existe une alternative bas carbone satisfaisante en prix et en temps (sur un trajet de moins de 4h) ». Le chapitre des mobilités occupe une place importante dans les travaux de la Convention citoyenne, mais curieusement, l’aménagement du territoire n’est pas traité en tant que tel. Il s’agit ici le « rendre attractive la vie dans les villes et les villages », là de favoriser les circuits courts, mais le concept même d’aménagement du territoire semble absent, et par suite les gains qu’il y aurait à en attendre sur les émissions de gaz à effet de serre. Une meilleure répartition des activités et des populations, des centres de décision économiques et politiques plus proches des territoires, voilà pourtant des leviers prometteurs pour le climat, apparemment ignorés au profit de mesures sur les moyens de déplacement.