L'humain et la planète

Les grandes lignes de la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments, la RE2020 viennent d’être rendu publiques, le 24 novembre dernier. Une bonne surprise à la réception du dossier de presse : le titre. « Éco-construire pour le confort de tous ». Les habitants et usagers ne sont pas oubliés, il faut assurer leur confort.

Prendre prise sur un monde insaisissable

Nous vivons une époque paradoxale. D'un côté nous sommes de plus en plus éduqués, nos étudiants sont de plus en plus nombreux, nous avons accès à une information extraordinaire grâce à Internet, aux innombrables chaines de télévision. Bref, nous nous sentons en mesure de prendre notre destin en main. Nous voulons participer pleinement aux décisions, nous voulons comprendre celles qui sont prises en notre nom. Une forte exigence d’empowerment ou d'« empuissancement » comme disent nos amis québécois, de décider quel sera notre avenir. Et de l'autre, nous voyons un monde d’une complexité infinie, avec des interactions dont le nombre s'accroit de jour en jour, des interlocuteurs inconnus, des problèmes inédits et globaux, en perpétuelle évolution, avec une accélération du temps (source d’aliénation selon Hartmut Rosa) dans laquelle nous sommes emportés, bref un monde incontrôlable et un avenir de plus en plus incertain. Nous voulons plus de prises sur un monde insaisissable.

Au-delà des croyances

L'actuel président des Etats Unis nous y a habitué, nous privilégions les nouvelles qui nous arrangent, c'est bon pour le moral. Depuis La Fontaine, nous savons que le flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute, mais cela ne nous empêche pas de croire ceux qui nous donnent les informations que nous espérions. A l'inverse, les nouvelles qui nous déplaisent ne peuvent venir que de malveillants, de menteurs patentés, de manipulateurs. Il parait que les Français sont méfiants par nature, mais les infox circulent de mille manières, les réseaux s'activent de telle sorte qu'elles finissent par s'imposer. Les américains ont été à bonne école pendant 4 années, les positions idéologiques tenant lieu de vérité, sans contestation possible. Les croyances sont de retour, et imposent leur loi. Comment lutter contre un tel phénomène ?

La fin des illusions

La situation des producteurs américains de gaz ou huiles de schiste me rappelle celle de bédouins de Jordanie il y a quelques années. Ils ont eu une époque bénie des dieux, avec de l'eau en abondance qui leur a permis de cultiver du blé dans d'excellentes conditions. Leur population et leur niveau de vie, ou plutôt de consommation, ont fortement augmenté. Le problème est qu'il s'agissait d'eau fossile, de réserves enfermées dans les profondeurs depuis des centaines de milliers d'années, mais dont le volume était limité. Une ressource qui ne se renouvelle pas. Résultat, au bout d'une quinzaine d'années de prospérité, l'eau vint à manquer, et la période de vaches grasses s'est subitement arrêtée. Le retour à la situation de départ est douloureux. C'est la fin des illusions. Les nouvelles habitudes ont transformé à la fois les modes de vie et les mentalités. Le retour en arrière est perçu comme un échec, un déclassement, et provoque inévitablement de l’amertume.

Se préparer à l'imprévisible

Nous habituer à vivre avec le virus. Ou avec bien d'autres, car l'avenir n'est pas lumineux de ce point de vue. Pour les humains comme pour les animaux ou végétaux qui nous sont familiers. Des nouveaux virus nous attendent, et bien d'autres dangers portés par des petites bêtes envahissantes quand ce ne sont pas des champignons. Plusieurs raisons à cela : le réchauffement climatique, qui a de nombreux effets sur notre environnement : la fonte du pergélisol (ou permafrost) libère des virus congelés depuis des siècles, que l'espèce humaine n'a jamais fréquentés. Il y a les moustiques du Sud qui remontent au Nord avec leurs germes. Il y a aussi des modes de vie qui changent. Nous fréquentons des milieux infestés de tiques, porteuses de la maladie de Lemme. Nous voyageons beaucoup, et nous faisons appel à des produits venant de l'autre bout du monde. Des phénomènes qui ne datent pas d'hier, mais qui se ont pris une dimension nouvelle.