Ressources, Nature et mer

Nature

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Il est souvent questiond'une règle d'or pour les finances publiques. Mais il en manque une pour le capital Nature. Une lacune à combler d'urgence !

Ne pas compromettre les chances des générations futures. Voilà bien une des marques du développement durable, qu’il convient de rappeler. Elle complète la première assertion, qui concerne, elle, le présent, assurer équitablement les besoins des populations actuelles. Devant la hausse de déficits budgétaires, certains ont cru bon de fixer une règle, dite d’or. Il s’agit de préserver les droits des générations futures, et d’interdire le report exagéré de charges du présent sur le futur.
J’ai eu l’occasion dans ce blog d’émettre des réserves sur ce dispositif (1), exclusivement financier, et institué en termes de flux, négligeant ainsi le volet « capital », dont, bien sûr, le capital nature. Les dettes financières sont, nous le savons bien, largement artificielles. Elles découlent notamment de politiques monétaires, et concernent des arrangements des humains entre eux. Le créancier et le débiteur ont des intérêts liés, et il faut bien que tout le monde s’accorde pour que les affaires continuent de prospérer.
Il n’en est pas de même avec le capital nature, qui obéit à d’autres lois. Il s’agit de richesses accumulées au cours de millénaires, comme les ressources minières ou le patrimoine génétique, et qu’il ne faut pas laisser filer. Il y a un tas de raisons pour cela, que ce soit la reconnaissance de la valeur de toutes les formes de vie, ou, plus égoïstement, le  maintien à niveau d’un capital dont l’humanité a bien besoin, capital productif ou « assurance vie ». Restons dans ce deuxième cadre, étroit mais intéressé, en référence aux générations futures, les humains de demain, qui devraient être les bénéficiaires de la règle d’or.
Le capital nature se dégrade. Les indicateurs tels que l’empreinte écologique, les prises de pêche ou le suivi des espèces en voie de disparition montrent que la règle d’or est largement ignorée en matière de nature. Nous consommons, à la surface de la planète, presque moitié plus que ce que la Terre produit. Ce n’est pas 3% de déficit, mais plus de 40% au niveau mondial, et 150% pour la France. Une dette qui se creuse, sans banquiers ou autres financiers pour nous rappeler à l’ordre ou sanctionner ce type d’errements. Et une dette qui n’est pas le fruit de conventions, mais une dette en termes physiques et biologiques, sans compromis possible.
Le problème est que la règle d’or financière, loin de se prolonger dans la sphère « nature », y aggrave la situation. Pour remplir les obligations de la règle d’or, pourquoi ne pas taper dans le capital Nature, dont personne ne se soucie ? « Pour combler ses déficits, l’Espagne vend un quart de son patrimoine national », titre « Le Monde » du 27 août 2013. Un patrimoine composé notamment de joyaux naturels, de parcs, de forêts primaires, sans parler d’un autre domaine, le littoral, dont l’urbanisation pourrait bien regonfler les finances publiques. Tant pis, si, pour privatiser ces domaines publics de grande valeur écologique, il faut réduire les protections dont ils faisaient l’objet, ou les dédier à la chasse. Il faut rendre ces territoires attractifs pour des investisseurs, et pour cela, les rendre exploitables, avec de grands hôtels, golfs et aérodromes, comme pour le domaine de l’Almoraima, en Andalousie, dont 9/10 du territoire appartient au parc naturel Los Alcornocales
Une discipline limitée à un aspect, financier en l’occurrence, risque fort de créer des « vases communiquant », de manière à abonder un domaine sous contrôle, les finances publiques, en pompant sans vergogne dans des richesses d’un domaine non contrôlé, la nature. Les générations futures en seront pour leurs frais.
Ainsi, ce qui a été présenté comme une protection des intérêts à long terme se traduit dans la pratique par la braderie de ces intérêts, dans un esprit de « court-termisme » caractérisé. Tout est bon pour équilibrer formellement les comptes, et l’absence de référence aux capitaux, de toutes natures, fait de la règle d’or un instrument de dégradation de la nature. La vente de l’Acropole, un temps imaginée pour éponger une partie du déficit grec, n’aurait elle pas, elle aussi appauvri les grecs sous couvert de les sauver ?
La nature est protégée par de nombreuses lois, directives européennes ou conventions internationales, mais elle reste, et c’est heureux, multiforme, et elle sort du domaine de l’évaluation, tans ses richesses sont variées. Elle constitue un patrimoine collectif, pour l’humanité, et n’appartient donc à personne ! Sa mise en coupe réglée, avec plus ou moins de discrétion, offre à des investisseurs des aubaines largement exploitées. Il ne faut pas, en plus, que les règles publiques, réputées protectrices des intérêts collectifs et des « biens communs », accentuent encore cette pression. A quand une règle d’or pour le maintien du capital nature ?

1 - Voir notamment La "règle d'or" est-elle durable ? Revue politique et parlementaire, juillet-décembre 2011

 
Chronique mise en ligne le 2 septembre 2013

Mots-clés: mode de vie, terre, ressources, environnement

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