Ressources, Nature et mer

Jour

L’empreinte écologique et le bilan carbone sont des indicateurs de l’état de la planète ou du climat. Voici le jour de la dépendance, pour nous traduire l’état des océans et des ressources marines.

Vous connaissez l’empreinte écologique ? C’est la surface utile de la Terre dont vous avez besoin pour vivre, c'est-à-dire produire vos consommations et digérer vos rejets. C’est un indicateur bien commode de ce que l’on appelle la durabilité, et on le calcule à plusieurs échelles. Pour la planète, pour tel ou tel pays, pour telle ville ou telle région. On peut même le calculer pour vous, précisément (1).

 

Indicateur synthétique, qui ramène toute la complexité du monde à une seule dimension, l’empreinte écologique est bien sûr discutable, et discutée. Malgré ses imperfections, les ordres de grandeur qu’elle produit sont impressionnants : la planète vit au-dessus de ses moyens depuis environ 25 ans, et elle aurait aujourd’hui besoin d’une demi-planète supplémentaire pour faire face aux besoins des hommes. C’est dire que l’on « tape » dans le capital, que l’on appauvrit inévitablement, ce qui réduit encore plus la capacité productive de notre bonne vieille Terre.
Pour inverser la tendance, on peut consommer différemment (une alimentation moins carnée par exemple), lutter contre les gaspillages (le tiers de la production agricole est gaspillée selon la FAO), améliorer nos techniques productives pour en améliorer l’efficacité et réduire les rejets, etc. Pour comprendre où sont les gisements de progrès, on subdivise l’empreinte selon la nature des besoins, alimentation, mobilité, etc. Un tiers de notre empreinte, en France, est due à notre alimentation. Choisissez une nourriture de saison, et d’origine locale, et vous ferez tomber votre empreinte.
On le calcule aussi pour les villes, mais l’interprétation est plus délicate, car la ville prélève des ressources et rend des services bien au-delà de son périmètre. La recherche d’une autonomie absolue atteint des limites. Mais ne boudons pas cette démarche. A défaut d’être irréprochable, l’empreinte écologique est au moins une empreinte pédagogique.
Il y a d’autres indicateurs de développement durable, calculé à partir d’une ressource ou d’un rejet critique. Nous savons qu’il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre, et une manière d’évaluer nos progrès en la matière, ou de comparer des choix, est le bilan carbone. C’est une sorte de monnaie virtuelle fondée sur un potentiel global admissible d’émissions pour éviter un réchauffement trop important, aux conséquences imprévisibles. La New Economics Fondation, nef,  (2), groupe britannique de réflexion et d’action, indépendant, et diverses ONG regroupées dans un collectif européen sous le nom d’OCEAN 2012 (3), propose un indicateur original pour les ressources halieutiques. Là encore, il s’agit d’un stock durement mis à l’épreuve. Les poissons constituent un source de protéines pour une bonne partie de l’humanité. C’est une ressource renouvelable, mais il ne faut prélever que le flux, le surplus annuel, et se garder de puiser dans le stock au Risque de réduire sa capacité de renouvellement.
L’indicateur retenu est le jour où nous commençons à manger le poisson des autres. La nef a calculé que si tous les Français mangeaient uniquement le poisson pêché par leurs bateaux dans les eaux européennes, ou issus d’élevages français, ils arriveraient à court de poisson le 13 juin. Qu’il y ait des échanges internationaux est bien normal, cela donne de la souplesse et permet des optimisations en fonction des situations propres à chaque pays. Mais la France est une grande puissance maritime. Elle dispose de zones côtières et de protection pour des activités économiques en mer très étendues. Cette situation privilégiée devrait lui permettre au moins un équilibre entre sa production et sa consommation, à défaut d’être exportateur. Et bien il n’en est rien, et la France fait même un peu moins bien que la moyenne des pays européens, qui arrive à son jour de dépendance le 2 juillet. Et surtout,  la situation se dégrade : en 2000, le jour de dépendance survenait 6 semaines plus tard.
Le jour de dépendance est une traduction visible et parlante d’une opération arithmétique : la division de la quantité produite par celle demandée. Mais les chiffres restent abstraits, et les ratios ne sont guère évocateurs. Le degré d’autosuffisance de la France, en matière de poisson, est passé de 0,68 en 1990 à 0,45 en 2007, tandis que sur cette période notre jour de dépendance est passé du 6 septembre au 13 juin. La dégradation est bien plus lisible ainsi. Et bravo  pour notre politique de pêche ! Beau succès.
La réponse d’intensification des prélèvements, telle qu’on l’a imaginée en renforçant la puissance de la flotte et de ses équipements, est une fuite en avant, et n’ont fait qu’affaiblir encore le stock. Les Négociations en cours actuellement pour une nouvelle politique communautaire de pêche prendront-elles une autre direction ?  Quand on entre dans le détail des familles de poissons, on observe une dégradation assez large de la situation. La FAO nous dit que 32% des stocks sont sur exploités, et 53% exploités au maximum. 15% seulement des stocks sont capables de produire chaque année plus que ce que l’on pêche. Et tout cela coûte cher : la Banque Mondiale a évalué le coût annuel de la surpêche à 50 Milliards de $.
Un indicateur populaire, facile à comprendre, comme le jour où l’on commence à manquer, et à dépendre des autres, sera-t-il suffisant pour changer le cours des choses ?  Pour choisir la sélectivité et la précision, pour réaménager les côtes et favoriser l’enrichissement du plateau continental, étroite bande de mer où le poisson se reproduit, pour arrêter de déverser des produits nocifs dans la mer, directement ou par l’intermédiaire des rivières. La politiqué de la pêche, le recul du jour de dépendance, ne se joue pas que sur mer.


1 - Par exemple en ligne avec le WWF sur http://www.wwf.fr/s-informer/calculer-votre-empreinte-ecologique
2 -
www.neweconomics.org
3 -
www.ocean2012.eu


 Chronique mise en ligne le 20 juin 2011

Mots-clés: mode de vie, ressources, territoire, économie

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