Ressources, Nature et mer

Fraises

hL’alimentation offre un excellent prisme pour observer la société et imaginer une voie vers le développement durable. Les fraises nous en donnent une bonne illustration.


En plein hiver, c’est le moment de parler des fraises. Celles que vous trouvez actuellement sur les étals, je parle en hémisphère Nord, illustrent tout ce qu’il ne faut pas faire. Un triple appauvrissement, à mettre en face du double Dividende que peut nous apporter le développement durable. Triple du point du vue du goût, ces fraises cultivées quasiment hors sol sont insipides, du point de vue de votre porte-monnaie, elles sont très chères, et du point de vue de la planète, elles consomment beaucoup d’énergie, en direct et du fait de tous les produits intermédiaires dont elles ont besoin. Bonjour le mauvais choix. Et pourtant, il se fait tous les jours, et pas forcément par des idiots.
Quelle est la force qui nous pousse à faire ce genre de bêtises ? Probablement une attirance pour les fraises, et l’espoir, que nous savons vain, au fond de nous-mêmes, d’une heureuse surprise. On ne peut lui résister avec la simple logique, il ne s’agit pas ici d’être « raisonnable ». La seule manière de résister est de créer une autre attractivité, plus forte et ayant de bonnes chances d’être récompensée. Il faut ouvrir le choix, et rendre attractive d’autres douceurs, qui nous détournerons de la fraise en hiver, et nous rendrons plus vertueux. Plus vertueux pour la planète, pour notre argent, et notre santé, notre bien être.
Plutôt que de condamner le mode de vie actuel, souvent éloigné des préoccupations de développement durable, il vaut mieux faire envie du développement durable, et mettre en évidence, en vitrine pourrait-on dire, le bonheur qu’il nous procure, les avantages qu’il y a à en être les pionniers.
Oublions l’hiver. En été, vous avez choisi d’aller cueillir les fraises vous-même, dans une exploitation qui vous donne le panier à remplir. Bonne idée, ce sont des  fraises en pleine terre, vous les avez sous les yeux, et elles sont moins chères puisque vous économisez la cueillette. Vous payez quand même la production, le travail de la terre, les plants, les arrosages, tous les actes de culture.
Transposons cette formule à la planète, et aux ressources qu’elle nous offre. Ce ne sont plus de  fraises que l’on va chercher, mais des minerais, des roches, qui ne se renouvellent qu’à des rythmes géologiques, ou des animaux comme les poissons, des végétaux comme les arbres, qui se renouvellent sur des rythmes plus rapides, variables selon la nature précise de la ressource prélevée. Il y a des arbres et des poissons qui vivent 100 ans et plus, il y en a d’autres « à courte rotation ».
Tout se passe comme si on prélevait les ressources sans payer la production. Le prix que l’on paye n’est que celui de leur extraction, comme si l’objet-même du prélèvement était gratuit. Un don de la nature.  Tant que l’humanité était numériquement modeste, et que ses prétentions restaient inférieures à la production spontanée de richesse du fait des processus naturels, comme la photosynthèse, on pouvait grappiller une part des ressources sans avoir à en payer le prix. La difficulté de prélèvement modérait d’ailleurs les ardeurs des prédateurs. Il en va autrementaujourd’hui.
Nos prélèvements pèsent de plus en plus lourd. Les moyens techniques de recherche et de collecte sont très performants, nous sommes plus nombreux et plus gourmands. Les ressources minérales dont les stocks étaient abondants se raréfient, les ressources biologiques qui se renouvellent n’ont plus le temps de le faire dans de bonnes conditions. A force de piquer les fraises sans les payer, le producteur, en l’occurrence la nature, se décourage, et il n’y aura plus de fruit sur les fraisiers.
Tout comme nous trouvons normal de payer le producteur de fraises chez qui on va faire la cueillette, il va falloir rémunérer la nature. Il va être temps de donner un prix intrinsèque aux ressources.
Celles-ci sont de deux types. En amont, les produits que l’on utilise, comme le pétrole , les produits de carrières  ou le Bois des arbres, par exemple. En aval, les capacités de reprise de nos rejets après Usage . Un litre d’essence en amont, et en aval la capacité de la nature à résorber le gaz carbonique après combustion de ce litre d’essence, et les résidus d’hydrocarbure lessivés sur la Route. A défaut, on pourrait calculer le prix « aval » à partir du coût de la réparation des dégâts, quote-part du coût du réchauffement climatique, de la dégradation d’une rivière, etc.
C’est une nouvelle économe à mettre sur pied. Juste pour donner leur vraie Valeur aux choses, et conduire ainsi à une utilisation plus rationnelle. De nombreuses tentatives ont lieu, comme fixer un prix pour le carbone, mais nous n’en sommes qu’aux prémices. La gestion de ce que l’on appelle les « biens communs », qui sont à la fois à tout le monde et à personne, devient une nécessité incontournable. On pense au climat, à l’eau, à l’Air que nous respirons. On pense à l’accaparement de certaines ressources minérales par quelques pays, et parfois quelques familles. Il va bien falloir en finir avec les prélèvements sauvages et les rentes de situation, qui ne sont plus acceptables quand on se rapproche des Limites Physiques de la planète. Un nouveau mode de gouvernance est à imaginer. Ce sera long, douloureux compte-tenu des privilèges et des conservatismes. A quand une nouvelle nuit du 4 août ?
En attendant, évitez quand même les fraises en hiver. Vous verrez, en mai prochain, ou en juin, quel plaisir vous aurez à retrouver la saveur de celles que vous cueillerez, en pleine terre !

Chronique mise en ligne le 23 décembre 2012

Mots-clés: ressources, consommateur, agriculture, proximité

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