Ressources, Nature et mer

Découplage

 

Dans le langage de référence du développement durable figure le mot « découplage ». Séparer la courbe de la croissance de celle des prélèvements de ressources et des pressions sur la planète.



Il ne s’agit pas de casser un couple, et de provoquer des divorces. Venu de l’électronique, ce mot « découplage » appartient au jargon du développement durable. Il traduit une ambition, celle de faire plus avec moins.
Beaucoup n’y croient pas. Il serait impossible de vivre mieux en utilisant moins de ressources. Ou l’inverse : impossible de réduire nos prélèvements de ressources sans réduction de notre train de vie, sans décroissance. Le découplage est l’affirmation qu’il n’y a pas de fatalité, et qu’il est possible d’améliorer notre qualité de vie en réduisant nos prélèvements (et par suite nos rejets) sur la planète. Un récent rapport des Nations Unies présente une série de réponses pratiques, illustrant le découplage. Il existe, puisque le PNUE(1) l’a rencontré.
L’idée n’est pas nouvelle. Il s’agit encore de sortir des contradictions « par le haut ». Vivre mieux en consommant moins, voilà un beau défi. Précisons bien les choses : consommer moins veut dire consommer moins de ressources naturelles. Mais il n’est pas interdit de consommer plus de génie humain, plus d’intelligence, de talent. Il n’est pas interdit de mieux s’organiser, de se parler pour éviter les gâchis, pour mieux accorder l’offre et la demande. Comment peut-on poursuivre une croissance de notre qualité de vie autrement qu’en accentuant notre pression sur la planète ?
Parmi les auteurs du rapport des Nations Unies, on retrouve un des experts mandatés par le club de Rome dans les années 1990 pour écrire un ouvrage de référence publié en 1997 : Facteur 4 (2), dont le sous-titre est « Deux fois plus de bien-être en consommant deux fois moins de ressources ». Une réponse offensive, à l’époque, aux craintes suscitées par le célèbre rapport Meadows, « Halte à la croissance », commandé également par le Club de Rome et publié 25 ans plus tôt. Il est vrai que les espérances exprimées dans Facteur 4 ont pu être optimistes. Il n’est pas certain, par exemple, que les visioconférences aient réduit le nombre de voyages d’affaires dans les proportions espérées, ni que les mails aient réduit la facture énergétique des courriers. L’effet « rebond » est là, de même que les facilités d’usage. Puisque telle action est plus économe en ressources qu’avant, pourquoi faire attention ? et comment utiliser l’argent économisé, pour quelles consommations ? Le mail est tellement commode que l’on en envoie beaucoup plus qu’on n’aurai écrit de lettres, avec à chaque fois une consommation d’énergie, faible mais multipliée par des nombres qui n’arrêtent pas de grossir.
Il n’empêche, il y a des obstacles, des pièges, mais il y a aussi des avancées, et le rapport des Nations Unies en fait état. Il s’agit d’accroître la « productivité matière », et fortement pour ne pas se faire rattraper par l’augmentation des consommations. Les voitures modernes sont plus économes, mais on les a alourdi d’éléments de conforts qui consomment, et on a surtout développé le modèle de vie avec automobile, et multiplié le nombre de voitures. Il faut donc viser des gains unitaires importants.
Des technologies permettant des divisions par 4 ou 10 des consommations unitaires existent et sont accessibles dès aujourd’hui dans des conditions économiques favorables. Elles pourraient même faire gagner de l’argent : 5% du PIB mondial. Le problème est qu’il y a beaucoup d’obstacles à la diffusion de ces techniques. Le rapport en fait la liste, et elle est multiforme : Subventions contre productives, taxes dissuasives pour de nouveaux modèles économiques, modèles et normes en tous genres, culturels, techniques, financiers, etc. Bref, la résistance du monde ancien, obsolète mais encore bien vivant, aux commandes de nombreux centres de décision, constitue l’obstacle majeur à cette évolution pourtant porteuse d’un « double dividende », environnement /économie, et souvent d’un triple puisque le développement humain et un nouveau partage du pouvoir en sont la conséquence.
Quelques pistes pour avancer sont esquissées : elles consistent essentiellement à élargir le champ de l’action : plus transversale, touchant plusieurs secteur simultanément, pour dépasser des situations établies secteur par secteur ; plus longue, c'est-à-dire des mesures de faible ampleur chaque année, de manière à ne pas heurter de front les vieilles pratiques et les équilibres, mais tenues dans la durée ; des approches plus complètes, intégrant dans a prise de décision les effets indirects, les enchainements et effets cumulatifs, les impacts en tous genres. La sagesse, pourrait-on dire. Il n’y a plus qu’à en convaincre les dirigeants, politiques et économiques, mais aussi religieux et culturels, et ce ne sera pas le moindre obstacle à surmonter.

 

1 - Programme des Nations Unies pour l’Environnement. « Decoupling 2: technologies, opportunities and policy options ». A Report of the Working Group on Decoupling to the International Resource Panel. von Weizsäcker, E.U., de Larderel, J, Hargroves, K., Hudson, C., Smith, M., Rodrigues, M.
2 - Facteur 4, Ernst U. von Weizsäcker, Amory B. Lovins et L. Hunter Lovins, Terre Vivante pour l’édition française, 1997 et 2006

 

 

Mots-clés: ressources, progrès, consommateur, performance

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