Ressources, Nature et mer

Austral

En cette période de crise multiforme, retour sur les grands espaces qui conditionnent notre avenir. L'océan austral, bien loin et pourtant d'une importance primordiale.

Nous vivons dans un monde fini, même s'il est difficile d'en tirer toutes les conséquences. Une de manières de surmonter la difficulté est de prolonger l'exploration, non pas vers des mondes nouveaux, mais vers celui que nous connaissons, car nous ne le connaissons que bien imparfaitement. La Fuite en avant du "toujours plus loin" est terminée, voici l'ère de l'approfondissement. L'océan austral nous en offre une parfaire illustration.

 

L'océan austral représente le cinquième des océans de la planète. Un bon Paquet, souvent oublié, loin des yeux loin du cœur. On en parle pour l'aventure, les grandes Courses au large, avec des expressions qui font rêver, ou frémir, selon les caractères : les 40e rugissants, les 50e hurlants, les 60e glapissants. Des latitudes essentiellement maritimes, où les Terres émergées ne représentent que 10% de la Surface. Une zone de rencontre des autres océans, en provenance de l'Est, du Nord et de l'Ouest, avec des mélanges de salinité, de températures, de faune et de flore. Une zone stratégique pour le réchauffement climatique : les océans constituent le principal "puits de carbone" de la planète, et parmi eux l'austral est particulièrement efficace grâce à sa situation particulière. Le phyto plancton des océans capte le Carbone de l'atmosphère, et l'entraîne au fond dans des processus de sédimentation.
40% des émissions de gaz à effet de serre sont ainsi Reprises par les océans. Les échanges entre l'
Air et la Mer sont essentiels pour l'équilibre de la planète. Il n'y a qu'à regarder les chiffres pour s'en convaincre : l'atmosphère contient 750 Milliards de tonnes de carbone, contre 39000 milliards pour l'hydrosphère. Nous ne sommes pas dans les mêmes ordres de grandeur : une variation infime côté océans peut avoir d'immenses répercussions sur l'air.
Il semble bien que cette fonction d'absorption du C02 par l'océan austral soit en perte de Vitesse, qu'il y ait un phénomène de saturation. Une bonne Connaissance de l'océan austral est un point de passage obligé dans la lutte contre l'effet de serre, pour permettre ensuite une bonne gestion de ces 76 millions de Kilomètres carrés.
Le plancton est un maillon essentiel de la chaine, une des clés dans l'action sur le changement climatique. Il est à la base d'une pyramide alimentaire, et se trouve affecté par le bon équilibre des étages de cette
Pyramide. La disparition de telle espèce, notamment des grands prédateurs, bouleverse les équilibres écologiques, et peut ainsi réduire le pouvoir d'absorption des océans.
Les terres australes françaises, Crozet, Kerguelen, Amsterdam/St Paul occupent une position stratégique dans ce contexte. Un intérêt économique immédiat réel mais modéré, mais un intérêt scientifique et à plus long terme déterminant.
Un intérêt économique car il s'agit d'une zone de pêche, exploitée notamment par les pêcheurs réunionnais. C'est le deuxième poste d'exportation de la Réunion après la canne à sucre. La pêche à la baleine est la raison historiques des premières implantations humaines, et aujourd'hui légine, langouste et quelques autres Poissons font la fortune de quelques armements, peu nombreux et triés sur le volet. Après une période de liberté totale, certaines espèces comme les éléphants de Mer (pour leur graisse) et les otaries (pour leur peau) avait été durement touchées, mais une gestion rigoureuse et un classement en réserve naturelle de plus d'un million et demi de kilomètres carrés a permis de reconstituer une ressource et d'en suivre l'évolution. Des quotas assortis de contrôles permettent de tirer un profit raisonné de la protection. Les navires de pêche pirates sont dissuadés par une surveillance et des sanctions significatives. En comparaison, l'île de Marion, Sud Africaine, qui n'a pas instauré la moindre protection, a vu sa ressource réduite à néant.
Un intérêt scientifique considérable, car l'avenir de la planète se joue dans ces latitudes inhospitalières. L'élargissement demandé de la zone économique exclusive, et des accords en cours ou en préparation avec les pays voisins comme l'Australie et l'Afrique du Sud, permettent d'imaginer une gestion coordonnée de toutes les zones sensibles de cet océan. Dans cet ensemble, les terres australes françaises sont des laboratoires privilégiés pour observer le fonctionnement de ce secteur sensible de la planète. Une opportunité pour mobiliser la communauté internationale.

Chronique rédigée le 23 août 2009, à bord du Marion Dufresnes, publiée sur le Moniblog

Ajouter vos commentaires

Poster un commentaire en tant qu'invité

0
Vos commentaires sont soumis à la modération de l'administrateur.
conditions d'utilisation.
  • Aucun commentaire trouvé